L'insurrection libyenne, maîtresse de l'est du pays, menait samedi une guerre sur deux fronts contre l'armée du colonel Mouammar Kadhafi, notamment à l'ouest de Tripoli où des chars sont entrés en action à Zawiyah et tirent sur la population.
Au 19e jour de la révolte contre Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, le bilan des victimes continuait de s'alourdir.
Au moins sept personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées dans l'offensive des forces gouvernementales à Zawiyah, théâtre depuis deux jours de combats meurtriers.
Dans l'est du pays, près de Benghazi, fief de l'opposition, deux explosions vendredi soir dans un dépôt d'armes ont fait au moins 27 morts et des dizaines de blessés.Dix personnes ont également péri dans des combats à Ras Lanouf, plus au sud-ouest.
Les insurgés, qui progressent vers l'ouest depuis plusieurs jours, sont arrivés samedi à Ben Jawad, à une centaine de kilomètres de Syrte, la ville natale de Mouammar Kadhafi, selon des journalistes de l'AFP.
"Nous avons repoussé (l'armée) au-delà de Ben Jawad et aujourd'hui, nous allons les pilonner jusqu'à ce qu'ils repartent à Syrte", a déclaré un officier ayant rejoint l'opposition.
Un journaliste de l'AFP a pu voir des groupes de rebelles à Ben Jawad, une petite bourgade composée de quelques maisons, deux restaurants et des cabanes.
Des avions libyens patrouillaient au-dessus de Ben Jawad et de Ras Lanouf, où au moins dix personnes ont été tuées la veille dans des combats.
"Ces trois derniers jours, 7.000 hommes sont partis de Benghazi en direction du front à l'ouest", a assuré un soldat qui a rejoint l'opposition.
Certains insurgés ont évoqué des négociations en cours pour une entrée pacifique à Syrte, une éventualité peu probable compte tenu de la portée symbolique de la ville.
Interrogé sur une poursuite de leur progression vers Syrte, un soldat à la retraite ayant rejoint les rangs de la rébellion a déclaré que cela dépendrait des éventuels renforts et des conditions météorologiques.Une tempête de sable a en effet nettement réduit la visibilité samedi à Ras Lanouf.
Tripoli a démenti que l'opposition détienne Ras Lanouf, mais un journaliste de l'AFP a vu vendredi soir des rebelles positionnés à l'extérieur du complexe pétrolier, des casernes et du commissariat de la ville.
Ras Lanouf est un port pétrolier stratégique à quelque 150 kilomètres à l'est de Syrte.
Sur le deuxième front, Zawiyah, à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Tripoli, est soumise à un siège des forces pro-Kadhafi qui ont tenté en vain dans la matinée de prendre le contrôle de la ville, selon un habitant et un médecin joints par téléphone.
Des chars ont investi les rues de la ville, tirant sur des habitations, selon des sources concordantes.
"Les chars sont partout dans la ville et tirent sur les habitations.J'en ai vu passer sept devant chez moi.Les tirs d'obus n'arrêtent pas", a indiqué à l'AFP un habitant de la ville, contrôlée depuis le 27 février par l'opposition.
"Priez pour nous", a-t-il dit avant que la communication ne soit brutalement coupée.
"Je suis sous le feu.Je ne peux pas vous parler maintenant", a répondu de son côté un médecin sur le terrain, joint par téléphone.
"C'est horrible ce qui s'est passé ce matin dans la ville.Les mercenaires tiraient sur tous ceux qui osaient sortir de chez eux, y compris les enfants", a déclaré plus tôt à l'AFP un médecin d'un hôpital de la ville.Au moins sept personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées, selon lui.
"Nous avons subi deux offensives de l'est et de l'ouest de la ville de la part de la katiba (bataillon) de Khamis (fils du colonel Kadhafi) et de celle (du bataillon) de Hosban.Maintenant nous sommes en état de siège des deux côtés", a ajouté ce médecin.
A quelques kilomètres de la ville, un journaliste de l'AFP a entendu des tirs par intermittence et des rafales, alors que des pick-up remplis de soldats et de miliciens pro-Kadhafi se dirigeaient vers Zawiyah.Des chars et batteries antiaériennes étaient déployés autour de la ville.
Dans l'Est, deux explosions ont détruit vendredi soir un dépôt d'armes sur la base militaire Al-Rajma, à 20 km au sud-est de Benghazi, tuant au moins 27 personnes, selon des sources médicales.Plus de vingt personnes ont également été blessées, selon ce nouveau bilan, qui pourrait encore s'alourdir.
"Nous ne savons toujours pas avec certitude si c'était un sabotage, un accident ou une frappe aérienne, mais personne n'a vu d'avion", a précisé à l'AFP Moustapha Gheriani, un porte-parole du Conseil national indépendant mis en place par les insurgés.
Sur le plan politique, le "Conseil national" de l'opposition devait se réunir pour la première fois à Benghazi.
De son côté, Tripoli, qui a demandé vendredi au Conseil de sécurité de l'ONU de suspendre les sanctions adoptées samedi contre M. Kadhafi, a donné son feu vert au gouvernement vénézuélien pour une commission de paix.
La France travaille pour sa part avec la Grande Bretagne pour aboutir à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU créant une zone d'exclusion aérienne "afin d'éviter les bombardements" en Libye.
A la frontière tunisienne, où une course contre la montre étaient engagée pour éviter une catastrophe humanitaire, le cap des 100.000 réfugiés ayant fui le chaos a été franchi vendredi, selon la protection civile tunisienne.
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