Abidjan a connu de nouveau lundi des violences, avec la mort de trois personnes dans une attaque attribuée par le camp du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo aux "rebelles" alliés à son rival Alassane Ouattara.
Fief de M. Ouattara, le quartier d'Abobo (nord) est devenu l'épicentre de la crise née du scrutin de novembre, marquée depuis mi-février par une flambée de violences qui fait craindre une guerre civile.Plus de 370 personnes ont été tuées depuis fin 2010 dans le pays, selon l'ONU.
L'attaque contre un village de l'ethnie ébrié enclavé dans Abobo et réputé pro-Gbagbo, "à l'arme lourde" selon des habitants, a fait "trois morts" et "30 blessés" dans la nuit, a affirmé le gouvernement Gbagbo.Plusieurs maisons ont été incendiées et de nombreuses personnes ont fui le village.
Le ministère de l'Intérieur de M. Gbagbo a dénoncé une "agression barbare des rebelles sur des populations civiles", accusant la "branche armée" du camp d'Alassane Ouattara, reconnu président élu par la communauté internationale.
Depuis environ deux semaines, les violences ont redoublé à Abobo, avec des affrontements sanglants entre Forces de défense et de sécurité (FDS) fidèles à M. Gbagbo et insurgés armés, accusés par le camp Gbagbo d'être des éléments de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) alliée à Alassane Ouattara.
Ces combats, dans lesquels le camp Ouattara a nié toute implication, ont fait fuir plus de 200.000 personnes, selon l'ONU.
Sept femmes ont aussi été tuées par balles le 3 mars à Abobo lors d'une manifestation pro-Ouattara.Accusé, notamment par l'ONU, le camp Gbagbo a rejeté la responsabilité sur les "rebelles".
Par ailleurs, le camp Ouattara accuse les pro-Gbagbo d'avoir pillé une "vingtaine" de maisons appartenant à des ministres ou des partisans de M. Ouattara.Des caciques du camp adverse ont subi le même sort, comme Michel Amani N'Guessan, ex-ministre de la Défense de M. Gbagbo, dont la maison a été dévalisée à Bouaké (centre), fief des FN.
Dans l'ouest du pays, la ville de Toulépleu restait aux mains des FN au lendemain de sa prise après de violents combats, et de nombreux habitants avaient fui.
Le "Grand ouest" s'est de nouveau embrasé depuis la prise fin février de deux petites localités par les FN, qui tiennent le nord du pays depuis le putsch raté de 2002.
"La population a fui la ville pour se réfugier dans la forêt et les villages environnants", a raconté un habitant, joint par téléphone depuis Abidjan.Selon lui, "certains fuyards ont pris la direction du Liberia" voisin, où des dizaines de milliers d'Ivoiriens se sont déjà réfugiés depuis l'éclatement de la crise.
Selon un élu local, les FN visent la ville proche de Blolékin pour ensuite descendre sur le port de San Pedro (sud-ouest), par où transite l'essentiel du cacao de Côte d'Ivoire, premier producteur mondial.
Le panel de l'Union africaine sur la crise ivoirienne a exigé "l'arrêt immédiat des tueries" et, pour tenter de trouver une issue, a invité les deux rivaux à participer jeudi à une réunion en Ethiopie.
Retranché au Golf hôtel d'Abidjan sous un blocus des FDS et protégé par des Casques bleus, M. Ouattara a accepté l'invitation.
M. Gbagbo et Paul Yao N'Dré, président du Conseil constitutionnel également convié - il avait proclamé M. Gbagbo réélu en invalidant en partie les résultats de la commission électorale donnant M. Ouattara vainqueur - n'ont pas encore fait connaître leur réponse.
Mais la presse dite "bleue", acquise au président sortant, voyait lundi dans cette offre "un piège" et s'opposait à ce que son champion s'absente du pays dans une période si troublée.
La presse pro-Ouattara, de son côté, a fait son retour dans les kiosques lundi.Elle avait cessé sa parution le 1er mars en invoquant des "menaces" et un "harcèlement" exercés selon elle par le camp Gbagbo.
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