Ouganda: soulagement à la condamnation de Dominic Ongwen, ex-commandant de la LRA

Infos. Difficile pour les villageois de Lukodi, dans le Nord de l'Ouganda, de réprimer leurs larmes lorsque la radio égrène le nom de leurs proches massacrés par l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) en 2004. 

Ouganda: soulagement à la condamnation de Dominic Ongwen, ex-commandant de la LRA

Mais ces Ougandais ont finalement laissé éclater leur joie et leur immense soulagement jeudi, en apprenant la condamnation de leur ancien bourreau, Dominic Ongwen.

A des milliers de kilomètres de là, aux Pays-Bas, la Cour pénale internationale (CPI) vient de reconnaître la culpabilité de Dominic Ongwen, un ancien commandant de cet impitoyable groupe rebelle qui a longtemps terrorisé l'Ouganda et les pays voisins. 

A Lukodi, les habitants vivent encore avec le souvenir terrible des exactions commises par M. Ongwen à la tête de la LRA.Aujourd'hui âgé de 45 ans, l'homme est né dans le village voisin de Kaladima et a d'abord été enrôlé de force, vers l'âge de neuf ans, comme enfant soldat au sein de ce mouvement rebelle, avant de devenir l'un de ses leaders.

La LRA a, selon l'ONU, tué plus de 100.000 personnes et kidnappé 60.000 enfants pendant son règne de terreur.A l'ouverture du procès de M. Ongwen à La Haye, l'accusation avait diffusé les vidéos macabres d'une attaque sur le camp de déplacés de Lukodi, montrant des enfants éventrés et les cadavres calcinés de nouveaux-nés.

Dans ce hameau de quelques maisons éparses, qui bordent une route poussiéreuse, une école et un centre de santé, les cicatrices du massacre de 2004, qui a fait 65 victimes, restent profondes.

"Cette attaque par les rebelles (...) a changé le visage de notre communauté.Tout le monde vivait dans la peur et la plupart des survivants ont fui, laissant derrière eux un nombre important de personnes âgées que vous pouvez voir", explique à l'AFP Joseph Nyekorach, fermier de 72 ans.

"Ce soir, nous dormirons du sommeil du juste, sachant qu'un de nos bourreaux passera son temps en prison, et sans craindre qu'il n'en sorte et ne revienne nous tuer en représailles", ajoute le septuagénaire.

- Projections publiques -

Dominic Ongwen a été reconnu coupable de 61 chefs d'accusation, dont celui de grossesse forcée, qui n'avait jamais été prononcé par la CPI à ce jour.

Les juges de la CPI ont reconnu que Dominic Ongwen avait lui-même beaucoup souffert mais ont estimé que ses crimes avaient été commis "en tant qu'adulte responsable et commandant de l'Armée de résistance du Seigneur".

Ongwen, qui s'était rendu en 2015, est le premier commandant de la LRA à être jugé par la CPI.Le fondateur du groupe, Joseph Kony, est lui toujours insaisissable.

Des projections publiques, où les habitants pouvaient assister au verdict assis dans des chaises en plastique en face de télévisions installées pour l'occasion, ont également été organisées dans la ville voisine de Gulu et dans la capitale Kampala, à environ 350 km.

A Lukodi, l'audience du jour était traduite en langue acholi sur la radio Mega FM.

Fau Achero, commerçante de 61 ans, s'est félicitée du jugement, mais a estimé qu'il "ne pouvait pas remplacer les morts que nous avons déplorés, l'angoisse, la vie de détresse qui est la nôtre depuis le moment de l'attaque".

"Ce fut un choc quand nous avons appris que Ongwen commandait l'attaque contre notre village.C'est une bonne chose qu'il doive à présent payer pour ses péchés".

Le journaliste local Denis Ojwe, 51 ans, qui avait couvert l'attaque, regrette que d'autres exactions horribles d'Ongwen n'aient pas été jugées mais estime que le verdict de jeudi montre que personne n'est au-dessus des lois.

"Le jugement m'a remémoré le jour exact de l'attaque, lorsque nous avons trouvé les cadavres étendus dans des maisons brûlées, certains impossibles à identifier, tandis que des villageois désespérés tentaient de fuir", a témoigné M. Ojwe.

Titus Oryema, un fermier, explique que ses trois enfants ont été abattus sous ses yeux pendant le raid de la LRA.Lui-même avait été blessé.

"Personne dans la région Acholi ne pourrait croire que Dominic Ongwen n'est pas coupable des crimes commis contre la population du Nord de l'Ouganda et qu'il pourrait dès lors ne pas être reconnu coupable."

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