Rap, karakoé et Chaplin sur grand écran: soirée évasion pour les réfugiés

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CHOUCHA (Tunisie) (AFP)

Ce soir, spectacle à la frontière tuniso-libyenne.Les traits se détendent, les sourires renaissent.Acclamé par une foule joyeuse, un réfugié bangladeshi entonne un chant de chez lui sur une scène de fortune."C'est la Choucha Star Academy", plaisante un bénévole.

Des centaines de migrants se massent derrière les barrières pour apercevoir la tribune où quelques-uns des leurs, choisis dans le public, sont invités à chanter entourés de deux clowns accoutrés de larges costumes colorés et à la tête couverte de perruques verte et orange.

Casquette à l'envers et jogging à bandes, un jeune Malien prend le relais et se lance dans un rap endiablé sous les ovations."Shakira ! Shakira !", réclame soudain un Somalien, déclenchant l'hilarité générale.

Soucieux de distraire un peu les milliers de migrants coincés à la frontière après avoir fui la Libye, des membres de l'association des cinéastes tunisiens ont pris l'initiative de bricoler une scène avec des planches de bois et de tendre un drap en guise d'écran géant, au beau milieu de la mer de tentes du camp de transit de Choucha.

"Je suis émue.Leur futur est incertain, mais au moins ce soir ils peuvent chanter comme chez eux", commente la réalisatrice tunisienne Selma Baccar, investie dans ce projet avec des jeunes de la ville voisine de Ben Guerdane.

"On veut leur faire oublier leur condition le temps d'un spectacle, d'une projection", explique-t-elle.

Au programme, mini-concerts de rap et courts-métrages, dessins animés, films muets de Charlie Chaplin ou hindous pour les Bangladeshis, qui composent 80% des 16.000 "habitants" échoués dans le camp: "des films gais, musicaux, accessibles à tous quelle que soit leur langue.Et surtout pas de drame", précise Selma.

Derrière elle, Mounir Troudi, un jeune chanteur engagé venu de Tunis, fredonne une chanson d'amour entraînante.Les réfugiés reprennent en choeur le refrain en tapant dans leurs mains, sous l'oeil amusé des volontaires qui se mettent à danser.

L'initiative s'est heurtée aux contestations des islamistes, qui ont cherché à faire échouer le projet, selon Selma.

"Les barbus voulaient nous empêcher de faire notre animation, ils nous ont dit que les gens avaient besoin de nourriture, pas de culture", assure-t-elle."Ils prétendent qu'ils incarnent la révolution", déplore-t-elle, en dénonçant une récupération illégitime du mouvement de révolte qui a eu raison du régime de Ben Ali.

Qu'importe, le public est conquis et l'ambiance festive.Une respiration bénéfique, souligne Mohamed Ounissi, psychologue bénévole de la Croix-Rouge."Il y a beaucoup de tensions, de manifestations dans le camp ces derniers jours.Les gens ont besoin de décharger leur stress, de penser à autre chose", note-t-il.

"Ca change un peu les idées, c'est beaucoup mieux comme ça", confirme Rodrigue, un Camerounais de 28 ans arrivé la veille.Sur son avant-bras, il porte les stigmates des coups de ceinture infligés sur la route de l'exode par les militaires libyens.

Sur l'écran géant apparaît soudain le générique du dessin animé "Ali Baba et les quarante voleurs".Oubliés les mauvais souvenirs, le public rit de bon coeur.Ali Baba, c'est le surnom donné par tous aux forces du colonel Mouammar Kadhafi, qui dépouillent systématiquement les réfugiés de leurs maigres économies avant leur arrivée en Tunisie.

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