Des dizaines de Libyens inspectent les deux cratères creusés dans le sable à la limite ouest d'Ajdabiya (est) alors qu'un homme montre des éclats de bombes.Ajdabiya a été bombardée et se prépare à un assaut des troupes de Mouammar Kadhafi.
Quatre bombes sont tombées peu après 08H30 sur ce rond-point situé à 6 km de la ville.Des dizaines de voitures y affluent pour constater les dégâts avant de repartir vers le centre-ville balayé par une tempête de sable.
Sur la route, trois rebelles empêchent les voitures des civils et des journalistes de s'engager sur la route de Brega."C'est trop dangereux là-bas, c'est pour votre sécurité", crie l'un d'entre eux.
Plusieurs pick-up sont garés.Un insurgé prie à l'ombre de son véhicule.
"Nous allons défendre Ajdabiya contre les forces de Kadhafi", lance Fathallah, un rebelle d'une vingtaine d'années, brandissant fièrement deux roquettes avec son compagnon d'armes Ali.
"Il y a des copains plus loin", dit-il en montrant l'ouest désertique et Brega, à 80 km de là.
"Il ne faut pas que vous restiez là, que vous preniez des photos.Kadhafi saura quelles sont nos forces et où elles sont", dit Khaled, un insurgé à la barbe épaisse.
Ahmed al-Moghrabi, un médecin, montre un vieux fusil de chasse."C'est tout ce que j'ai pour me battre.Je n'ai pas peur, j'ai combattu à Ras Lanouf", dit-il en référence à cette ville tombée jeudi aux mains des forces loyales au colonel Kadhafi.
"Kadhafi ne mettra pas les pieds à Ajdabiya", lance-t-il, salué par des "Allah Akbar" criés par une dizaine d'habitants.
Dans le centre d'Ajdabiya, la plupart des magasins sont fermés.Des habitants discutent devant les maisons, les insurgés sont absents de la rue.
Leur quartier-général se trouve dans une école, près d'une mosquée.
Un ancien colonel de l'armée de l'air, Jamal Mansour, reçoit dans son bureau."Nos forces sont à Brega, reprise hier soir.Mais elles subissent un bombardement intensif de l'artillerie et de la Marine", dit d'une voix douce ce commandant de la rébellion à Ajdabiya.
"Les forces de Kadhafi ont recours à la stratégie de la terre brûlée.S'ils continuent, nous allons répondre par la guérilla urbaine", assure-t-il, tout en reconnaissant des moyens "limités".
L'armée a promis de "purger" l'Est des insurgés, mais le commandant rebelle se dit "prêt" à défendre Ajdabiya, dernier verrou avant Benghazi, fief de l'insurrection 160 km plus au nord.
Selon lui, des "informateurs payés par Kadhafi" renseignent le régime à Ajdabiya."Leurs espions ont des technologies que nous n'avons pas".
"Nous demandons aux Occidentaux de procéder à des bombardements ciblés sur les positions militaires de Kadhafi pour soulager l'étau" dans lequel sont pris les insurgés, dit-il.
"Si le président Sarkozy décide de manière unilatérale de bombarder, le peuple libyen le soutiendra, et les autres pays occidentaux suivront".
A l'Hôpital d'Ajdabiya, le docteur Wanis Obeidi a les traits tirés."Nous avons eu cinq blessés, dont un grave, dans les bombardements d'Ajdabiya ce matin.L'un est en salle d'opération, les quatre autres sont sortis".
La veille, un enfant de quatre ans, blessé à la tête à Ras Lanouf, a succombé à ses blessures alors qu'il était transporté à Benghazi."Nous n'avions pas d'assistance respiratoire pour lui et il fallait l'évacuer", soupire le médecin.
Les blessés ont été évacués dimanche à Benghazi par peur des bombardements.
Le docteur est toujours sans nouvelles de deux médecins disparus depuis plusieurs jours après des combats à Ben Jawad et Ras Lanouf, plus à l'ouest.
"Au début, les victimes étaient visées par des snipers, à la tête, au cou, ou aux parties génitales.Désormais, il y a de plus en plus de victimes de bombes qu'il faut amputer", affirme le médecin.
A la sortie d'Ajdabiya, de nombreux civils fuient en direction de Benghazi à bord de camionnettes chargées de valises, de sacs et de matelas.
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