A l'aéroport de Tripoli, les Africains laissés pour compte de l'évacuation

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TRIPOLI (AFP)

Dans le camp de fortune sur le parking de l'aéroport de Tripoli, des dizaines de ressortissants africains se bousculent autour d'un camion pour obtenir leur maigre ration.Fuyant l'insécurité en Libye, ils sont des milliers de laissés-pour-compte du rapatriement.

"Les gens ici n'ont pas de nourriture.Ils ont besoin de nourriture, de l'eau.Nous n'avons rien.Les gens sont malades.S'il vous plaît, aidez-nous à rentrer chez nous", lance Kwame Ofork, un jeune Ghanéen, brandissant un sac contenant une maigre ration, comme un trophée durement arraché.

Face à la situation chaotique en Libye, beaucoup cherchent à fuir le pays.

Des dizaines de milliers d'entre eux ont déjà quitté le pays lors d'opérations d'évacuation sans précédent.Mais d'autres, faute de moyens ou de papiers en règle, se trouvent encore bloqués en Libye, théâtre depuis près d'un mois d'une insurrection prenant la tournure d'une guerre civile.

"Nous avons demandé à leurs ambassades de les prendre en charge".Pourquoi prennent-ils ce retard?", déplore Ali Boussifi, président d'une association caritative libyenne en charge du camp.

"Ils nous répondent que leurs ressortissants n'ont pas de papiers, pas de passeport, ne sont pas en règle.Comment faire pour les rapatrier?L'erreur est là", a-t-il dit.

"Il y a des avions mais ils nous demandent de l'argent.Mais aucun d'entre nous ici n'a de l'argent", rétorque Achraf Mechaal, un Egyptien de 45 ans.

"Les gens dorment le jour sous le soleil et la nuit sous le froid", affirme-t-il, déplorant une "situation misérable" pour un millier d'Egyptiens bloqués à l'aéroport.

"Où est notre ambassade?Où est le ministère (égyptien) des Affaires étrangères?Qu'ils viennent voir cette misère", lance un autre Egyptien à proximité.

Sous un soleil de plomb, l'eau devient une denrée rare dans le camp.Une camionnette chargée d'une vingtaine de packs d'eau se fraie un chemin entre les immigrés.Des dizaines d'entre eux prennent d'assaut le chargement et arrachent quelques bouteilles ou des packs.

"Vous voyez.Ils ne peuvent jamais s'organiser.C'est notre principal problème", lance un jeune "volontaire" à bord du véhicule.

A l'entrée de l'aéroport des dizaines de Ghanéens et de Nigérians font la queue devant des bus affrétés par les autorités.

"Ils vont retourner dans leur pays par voie terrestre, comme ils sont venus" en Libye, répond un agent de la sécurité civile qui organisait le cortège, sans donner de détail sur la destination des bus.

"Nous avons eu assez de problèmes.Ils ont détruit une porte de l'aérogare.Ca pue dans tout l'aéroport.Une femme a accouché sous une tente.La situation est devenue par moments ingérable", a-t-il ajouté sous couvert de l'anonymat.

A l'intérieur de l'aéroport, sur le tableau d'affichage des vols, le temps semble figé.Quatre vols pour Benghazi (est) sont annoncés pour la journée, alors que la liaison aérienne est coupée depuis trois semaines entre Tripoli et cette ville tombée entre les mains de la rébellion.

Devant les guichets d'enregistrement de l'aéroport, Moussa Koulibaly, un Nigérien de 30 ans, se prépare à prendre un vol pour Niamey avec son épouse.

"Nous devons quitter.Nous ne pouvons pas attendre la guerre civile, surtout que nous sommes des étrangers", a-t-il dit.

"Des jeunes Libyens ont forcé ma porte.Ils nous ont tout volé", déplore-t-il.

Visiblement soulagé après 13 jours d'attente à l'aéroport, il affirme avoir de "la chance grâce au bon dieu"."Mais au Niger il n'y a pas de travail", regrette-t-il.

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