Dans les onze mois suivants, il a mené en mai un second coup d'Etat durant lequel il a démis les têtes de l'exécutif d'une transition aux contours flous, s'est officiellement fait investir dans la foulée chef de l'Etat et vient d'échapper mardi matin à une tentative d'assassinat.
Les faits se sont déroulés dans la Grande mosquée de Bamako tandis qu'Assimi Goïta assistait au rite musulman de l'Aïd al-Adha, la fête du Sacrifice.
Au moment où l'imam se dirigeait vers la sortie pour égorger le mouton sacrificiel, deux hommes ont essayé de le poignarder.Ils ont échoué, et Assimi Goïta est "sain et sauf", a voulu très vite rassurer la présidence de transition.
Il a été emmené à Kati, ville-garnison à quinze km de Bamako, véritable QG des militaires maliens et centre névralgique du pouvoir depuis août 2020.
Car le colonel de 37 ans, toujours entouré de ses hommes cagoulés, habillés de kaki et armés de fusils d'assaut, a achevé sa mue politique sans quasiment jamais se départir de son uniforme et de son béret vert.
C'est pourtant habillé d'une rare tenue civile, un tissu bazin bleu ciel de circonstance pour la "grande fête" que la destinée toujours teintée de mystère d'Assimi Goïta aurait pu s'arrêter mardi.
Très peu d'informations ont circulé sur l'homme, et des questions continuent d'être posées sur ses motivations : sacrifice de sa personne ou ivresse du pouvoir?Quand il parle, l'officier au verbe rare dit placer l'intérêt de la nation avant tout.
"Hier, nous avons mis le pays au-dessus, le Mali d'abord", disait le colonel Goïta en se présentant sommairement le lendemain du putsch qui faisait de lui le nouvel homme fort du pays.Neuf mois après, le 24 mai, le propos a résonné à l'heure d'un cinquième coup d'Etat depuis l'indépendance au Mali, mené encore une fois par M. Goïta.
Si le doute est désormais levé sur les limites de son ascension, il reste entier sur la durée pendant laquelle il occupera le fauteuil présidentiel.
- Du terrain au palais présidentiel -
Cette histoire contemporaine d'un Mali instable où l'armée joue les premiers rôles, Assimi Goïta en est l'un des acteurs.Fils d'un ancien directeur de la police militaire, il a étudié au Prytanée de Kati, la principale école militaire du pays.
En 2002, il a été envoyé dans le Nord et y a fait ses armes, basé successivement à Gao, Kidal, Tombouctou, Ménaka, Tessalit.Il a participé aux combats contre les rebelles indépendantistes, puis jihadistes, et est monté en grade.
"C'est un homme de terrain, on l'a vu dans le Nord", disait il y a plusieurs mois un autre colonel, répétant des éléments de langage dispensés par la junte: le terrain seulement, et pas la politique.
Mais ses deux putschs l'ont bel et bien installé, loin des brousses désertiques, au palais présidentiel de Koulouba.
Depuis celui d'août 2020, le Mali connaît une militarisation de l'appareil d'Etat.Le 24 mai, Assimi Goïta bouscule le statu quo en faisant arrêter le président et le Premier ministre de transition, deux civils, bravant la réprobation internationale.
Quatre jours après, il est déclaré président de la transition par la cour Constitutionnelle.
Le putsch, condamné internationalement, est rapide et sans effusion de sang.Ses auteurs accusent les anciens dirigeants de la transition d'avoir replongé le pays dans l'incurie."Nous n'avons pas droit une fois de plus de commettre les mêmes erreurs", répète Assimi Goïta.
Pour apaiser les craintes des partenaires du Mali, il réitère sa promesse de tenir des élections en février 2022.Il a également assuré qu'il ne serait pas candidat.
Ces élections "vont-elles se tenir?Ou bien va-t-il trouver une excuse, législative ou sécuritaire ou que sais-je, pour demander un report et rester au pouvoir?", s'interroge un diplomate africain à Bamako.
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