Des Vosges, l'ex-otage Pierre Camatte veut toujours soigner l'Afrique

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NANCY (AFP)

Un an après sa libération, l'ex-otage français au Mali Pierre Camatte a décidé de reprendre son projet de culture d'artemisia, une plante qui soigne le paludisme, qu'il fait désormais pousser dans la montagne vosgienne, avant d'envoyer les feuilles séchées vers l'Afrique.

"J'étais parti au Mali pour faire pousser l'artemisia.Quand je suis arrivé à Menaka, il faisait 50°C.Il a fallu faire plusieurs essais pour que la plante ne souffre pas trop de la chaleur.Au troisième essai, en novembre 2009, ça commençait à pousser lorsque je me suis fait enlever par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi)", raconte à l'AFP l'ex-otage.

Ancien professeur d'éducation physique, M. Camatte est bénévole dans différentes associations d'aide à l'Afrique depuis 1995, notamment dans l'association qui s'occupe du jumelage entre Gérardmer (Vosges), où il réside, et Tidarmene (Mali).

"On s'est beaucoup occupé de santé, on a formé des soignants, construit un dispensaire...Sur place, j'ai pris conscience que tout le monde, ou presque, avait le palu, et qu'énormément de femmes et d'enfants en meurent, alors que ça peut être traité", explique-t-il.

Il découvre alors l'existence d'une plante d'origine chinoise, l'Artemisia annua, ou armoise annuelle, aux vertus thérapeutiques contre la maladie transmise par les moustiques.

Face à la résistance croissante aux médicaments antérieurs (chloroquine notamment) du parasite Plasmodium falciparum responsable de la forme la plus grave de paludisme, l'Organisation mondiale de la Santé recommande d'ailleurs d'utiliser des associations thérapeutiques à base d'artémisinine.

Mais, la production étant limitée, les médicaments à base de la plante sont trop chers pour nombre de pays en développement, alors que le paludisme tue plus d'un million de personnes par an dans le monde, dont 90% en Afrique où sévit le Plasmodium falciparum.

"En 2007, j'ai trouvé une ONG allemande, Anamed (Action médecine naturelle), qui travaillait sur de l'armoise hybride, au taux d'artémisinine élevé.Je leur ai acheté des graines et j'ai fait des essais chez moi, dans les Vosges", explique Pierre Camatte.

La plante pousse en six mois pour atteindre près de 2,50 m, et la récolte se fait juste avant la floraison.Les feuilles sont ensuite séchées et conditionnées.

Selon lui, 5 grammes par jour - infusés dans un litre d'eau durant une semaine - permettent de soigner les crises de paludisme.

"Je suis alors parti au Mali avec 8 kg de feuilles séchées, j'ai vu que ça fonctionnait.J'ai donc pensé à cultiver la plante directement là bas", raconte-t-il.

Son enlèvement par Aqmi a stoppé l'aventure mais une fois libéré et rentré en France en février 2010, l'ex-otage a repris son projet.

"Je ne veux plus retourner au Mali.Tout ce que je devais faire là-bas - la récolte, le séchage, le conditionnement - je le fais ici, avec l'aide d'une entreprise d'insertion", résume-t-il.

Installées à La Houssière, un petit village au pied des ballons des Vosges, ses serres ambitionnent de recevoir 2.000 plants, qui devraient donner 300 kg de feuilles séchées.

Son projet, subventionné par les collectivités publiques, doit faire travailler quatre personnes à temps plein.

M. Camatte veut créer un réseau de distribution et de soins au Mali et s'appuyer "sur des femmes guérisseuses traditionnelles".

"Le système est bon, c'est surtout une véritable alternative aux médicaments trop chers.Et puis ça correspond véritablement à l'état d'esprit de là-bas, se soigner avec les plantes", estime-t-il.

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