Au Congo, des jeunes filles pygmées apprennent la couture pour s'intégrer

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IMPFONDO (Congo) (AFP)

"Je suis convaincue qu'à la fin du stage je vais devenir quelqu'un.J'aurai mon propre atelier, pourquoi pas des élèves à ma charge", confie Nadège Ilangi, 19 ans, qui découvre le tricot dans un centre d'apprentissage à Impfondo, à 800 km au nord de Brazzaville.

Nadège est une autochtone, ou "pygmée" (terme pouvant être connoté péjorativement), une population composée de plusieurs ethnies caractérisées par leur petite taille, répartie sur plusieurs pays d'Afrique centrale.

Elle fait partie de 120 filles de 12 à 19 ans inscrites dans le centre d'insertion et d'apprentissage en coupe et couture fondé par les soeurs de la Congrégation de la Sainte famille, qui a la particularité d'accueillir 38 autochtones.

Alors que les autochtones n'ont souvent pas accès aux services sociaux de base comme la santé et l'éducation, ces jeunes filles bénéficient de cours gratuits (contre 2.000 FCFA par mois, environ 3,05 euros pour les bantoues).

Elles y apprennent "les métiers de tricotage, de broderie, la coupe et la couture et à cela il faut ajouter l'alphabétisation, c'est-à-dire le français, l'arithmétique et l'éducation à la vie", explique la directrice du centre, soeur Eucharistie Obinalé, qui regrette de ne pas avoir "assez d'espace pour accueillir d'autres candidats".

65% des adolescents de 12 à 15 ans de la minorité pygmée ne sont pas scolarisés, contre 39% à l'échelle nationale, selon l'Unicef.

Formant 2% de la population du Congo, les pygmées vivent dans des "conditions de marginalisation extrême", avait relevé le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des peuples autochtones, James Anaya, lors d'une mission fin 2010, les jugeant "victimes de comportements discriminatoires profondément enracinés".

Les relations entre bantous et pygmées ont longtemps été celles de "maîtres et esclaves", selon un universitaire congolais, Dominique Ngoïe-Ngalla.

Le Congo a adopté en décembre une loi pour la protection et la promotion de la culture des pygmées.

Dans ce centre géré par les religieuses, pas de discrimination apparente."Baakas, Bantous, nous sommes toutes jeunes filles.Je ne vois pas pourquoi je dois haïr l'autre", affirme Daphie Kaya, 16 ans, l'une des élèves bantoues (groupe majoritaire).Les filles des deux communautés s'asseoient côte à côte.

"Nous avons cinq séances de cours dans la semaine.Le tout se passe souvent bien", reprend Nadège, qui s'exprime en Baaka (la langue des autochtones).

Déjà mère d'un enfant, elle "veut terminer sa formation.Nous n'apprenons pas seulement un métier, mais à devenir aussi responsable".

C'est l'un des objectifs du projet qui veut changer certains comportements, alors que les autochtones se trouvent souvent parents jeunes.

"Les jeunes filles autochtones sont victimes de discrimination, mais elles ont un autre fardeau : elles sont mères", regrette le Dr Marius Biyékélé, chargé de la protection des enfants à l'Unicef.

Au Congo, 50% des autochtones ont leur premier rapport sexuel avant treize ans, contre 31% pour la population générale, selon l'Unicef.

"Le but visé est de lutter contre le chômage et partant contre l'exode rural.(...) L'oisiveté est mère de tous les vices: plus on enseigne quelque chose aux filles autochtones notamment, plus on limite leur vulnérabilité", explique Joseph Ngoma Nababou, directeur régional des Affaires sociales qui soutient le centre avec le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

"C'est une école spéciale où l'on retrouve les filles bantoues et autochtones: quoi de plus normal pour régler un problème de supériorité de l'une sur l'autre qui date depuis des siècles?", s'interroge le Dr Biyékélé.

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