Dans leur fuite éperdue, les soldats de Mouammar Kadhafi ont tout abandonné: munitions par caisses entières, missiles alignés sur le sable, équipement.A Ras Lanouf, ils n'ont tenu que quelques heures.
Très affaiblis par les frappes aériennes internationales, harcelés par les rebelles, les pro-Kadhafi ont évacué à la hâte, dans la nuit de samedi à dimanche, ce port pétrolier perdu en plein désert à 370 km à l'ouest de Benghazi.
Deux semi-remorques gisent au bord de la route.Réduits en miettes, calcinés, ils ont visiblement été pris pour cible par des missiles air-sol.Le terrain, noirci sur des centaines de mètres, est jonché de douilles de gros calibres, de la mitrailleuse aux missiles lancés par les orgues de Staline.
Treillis complet mais claquettes aux pieds, Mohsen Omar, 30 ans, venu de Benghazi, raconte: "Ils ont fui hier soir, vers huit heures, après le raid aérien...Ils ont pris la fuite, et aujourd'hui nous les poursuivons.On ne s'arrête pas avant d'avoir libéré Misrata, et puis Tripoli !"
Un pick-up chargé d'insurgés en liesse passe en trombe.Ils chantent: "Zone d'exclusion aérienne ! Maintenant, c'est d'homme à homme !"
Rabih Ali, 28 ans, poursuit son récit: "Juste après le passage de l'avion ou de l'hélicoptère, dans la soirée, nous avons attaqué.Mais ils étaient déjà en train de fuir.C'était facile.On continue, on ne s'arrête pas avant Syrte !"
Syrte se trouve à 200 km à l'ouest de Ras Lanouf.Misrata, ville tenue par les rebelles mais pilonnée par les pro-Kadhafi, est ensuite à une distance similaire plus à l'ouest, à mi-chemin entre Syrte et Tripoli.
Après avoir pris samedi à l'aube le contrôle d'Ajdabiya, ville stratégique à 200 km à l'est, les forces rebelles poussaient dimanche leur avantage, à la faveur d'un repli des troupes de Tripoli qui prenait de plus en plus des allures de débandade.
Dans cette plaine côtière désertique, sans relief pour se retrancher et sans agglomération où se cacher, les forces de Kadhafi sont à la merci des frappes internationales, qui semblent avoir détruit leurs derniers blindés à Ajdabiya.
Selon des insurgés, c'est le plus souvent de nuit et à bord de voitures civiles, plus discrètes, que les soldats se replient.Ils "partent si vite qu'ils laissent quelques combattants derrière eux", assure un rebelle.
La coalition internationale a mené dans la nuit des raids intensifs sur la route côtière entre Ajdabiya et Syrte.Et aucune position défensive ne devrait permettre aux pro-Kadhafi de ralentir l'avancée des rebelles avant Syrte, ville natale du dirigeant libyen qui compte plus de 100.000 habitants.
Même dans la victoire, la discipline ne semble pas s'être améliorée parmi les rebelles.Aucune hiérarchie ne se distingue, aucun commandement.Juste une course enthousiaste et naïve vers l'Ouest.
Sous l'arche de fer marquant l'entrée de Ras Lanouf, un ensemble de villas et de bâtiments construit pour les travailleurs du pétrole, des jeunes gens en liesse brûlent le drapeau vert de la Libye, crient leur joie, tirent en l'air.
Un bus transportant une vingtaine d'Africains terrifiés est arrêté."Ce sont des prisonniers, nous les avons capturés dans le terminal pétrolier", assure un rebelle."Nous les conduisons à Benghazi pour vérifier que ce ne sont pas des mercenaires".
A 42 ans, Salem Ali donne des ordres et semble obéi par les insurgés autour de lui."Mon frère a été tué en 1993 par les hommes de Kadhafi.L'heure de la vengeance a sonné.Nous attendons des renforts, du ravitaillement et ce soir, nous serons aux portes de Syrte.Nous ne les lâchons plus.Merci la France, merci l'Angleterre !"
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