Crise ivoirienne: l'économie "cassée", la population durement éprouvée

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ABIDJAN (AFP)

D'interminables files d'attente pour acquérir une bouteille de gaz hors de prix: cette scène devenue habituelle à Abidjan résume la situation du pays, plongé par la tourmente post-électorale dans une profonde crise économique dont la population est la première victime.

Problèmes d'approvisionnement, inflation, chômage, course au "cash" sur fond de système bancaire grippé: tout le quotidien, des familles comme des entreprises, est bouleversé par la crise née de la présidentielle de novembre entre le chef d'Etat sortant Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, reconnu président par la communauté internationale.

"Les prix grimpent", se lamente Fatou.Pour cette employée d'un établissement financier, plus question d'acheter de la viande, trop coûteuse, et même un petit poisson qui "s'achetait à 250 FCFA est maintenant vendu à 500 FCFA (75 centimes d'euros)".

Si la jeune femme vit en famille dans un secteur relativement épargné d'Abobo, quartier d'Abidjan au coeur des combats entre les deux camps, la vie reste particulièrement pénible: "on ne mange pas à notre faim.On mange uniquement le soir", dit-elle à l'AFP.

Locomotive de l'Afrique de l'Ouest francophone et leader de l'Union économique et monétaire régionale (Uémoa, dont elle représente 40% du PIB), la Côte d'Ivoire traverse la plus grave crise économique et sociale de son histoire.

Les sanctions imposées depuis début 2011 par l'Union européenne au régime de M. Gbagbo, pour l'asphyxier et le forcer à céder le pouvoir, ainsi que la rupture entre Abidjan et la banque centrale ouest-africaine (BCEAO) expliquent pour l'essentiel ce choc.

"L'économie a été cassée en deux mois", relève une source diplomatique européenne.

L'embargo européen sur les ports et la suspension des exportations de cacao - dont le pays est premier producteur mondial - décidée par M. Ouattara et suivie par les multinationales, ont été des mesures "radicales" pour une économie "aussi tournée vers l'extérieur", ajoute-t-elle.

Le port d'Abidjan a enregistré une baisse de son trafic évaluée entre 25 et 30%, alors qu'il apportait avant la crise quelque 90% des recettes douanières du pays, reconnaît Ahoua Don Mello, porte-parole du gouvernement Gbagbo.

"La machine économique a été comprimée" mais, selon lui, cette crise a valeur de "leçon": il faut "mettre fin à l'époque coloniale" et "chercher de nouveaux partenaires" hors d'Europe, dans les pays du Golfe, en Asie ou en Afrique.

Mais en attendant, l'économie ivoirienne étant largement coupée de l'extérieur, c'est tout le secteur privé qui tourne au ralenti.

"L'activité se réduit comme peau de chagrin, on en est à moins 50%" en un mois, explique un entrepreneur français du secteur de l'ameublement.

Conséquence: les mesures de chômage, technique ou sec, les mises en congés ou les réductions de salaires se multiplient.

"Le chômage aurait atteint les 40 à 50% de la population", avançait récemment la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH).

Le manque de liquidités entraîné par la coupure avec la BCEAO, ainsi que la fermeture de la majorité des banques - hors les établissements publics -, affectent aussi la vie courante.

Ces derniers temps, des employés ivoiriens d'entreprises basées à l'étranger couraient au Ghana voisin récupérer leur salaire, envoyé via des sociétés de transfert d'argent.Et des groupes ayant conservé beaucoup de "cash" dans leurs tiroirs se transforment à l'occasion en agents de change.

"Gbagbo et Alassane affirment chacun de son côté qu'ils veulent le bonheur des Ivoiriens, lâche un consultant en informatique.Mais là, il faut qu'ils comprennent qu'ils nous font mal".

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