"Nous sommes allés nous servir quand on a vu que d'autres vandalisaient et que rien n'était fait pour les en empêcher", explique à l'AFP Karabo Mokone, 24 ans, sans emploi, croisée un peu loin, les bras chargés de chips et de bonbons.
Dans l'agglomération de Johannesburg, plus grande ville sud-africaine, les dégradations, vols et violences ont gagné en intensité ces derniers jours. Au moins 45 personnes y ont trouvé la mort, beaucoup dans des bousculades liées aux pillages.
En plusieurs endroits, la police a déclaré forfait face aux foules avides, qui sont reparties avec des caddies entiers de marchandises.L'armée a été déployée.
"Je vais vendre ce dont nous n'avons pas besoin et gagner un peu d'argent", explique la jeune femme, en montrant ses vêtements usés. Dans ce centre commercial qui ressemble à tant d'autres dans le pays, une affiche publicitaire tient miraculeusement accrochée dans un magasin pour enfants.
Au comptoir du pressing voisin, le signe "Pas de chèque, pas de crédit" reste ironiquement en place.Des distributeurs de billets sont arrachés ou fracassés.
"Le président doit comprendre que nous avons faim, nous allons à l'école mais nous n'avons pas de travail", dit George Litle, 20 ans.
- "Pas concerné par Zuma" -
Déclenchés par l'emprisonnement de l'ex-président Jacob Zuma la semaine dernière, les troubles se nourrissent d'un ras-le-bol général, sur fond de chômage record à 32,6% et des restrictions réimposées fin juin pour limiter une troisième vague meurtrière de contaminations au Covid-19.
"Je ne me sens pas vraiment concerné par Zuma, c'est un vieil homme corrompu qui mérite d'être en prison.Je prenais des choses dans le magasin pour ma mère", reconnaît Tibello, 30 ans, au chômage.
"Les Zoulous du Kwazulu-Natal peuvent se battre pour lui, mais pour nous, il s'agit de pauvreté et de chômage". Dans cette province de l'Est, d'où M. Zuma est originaire et où les premiers incidents ont éclaté vendredi, les violences ont déjà fait 26 morts.
Au milieu des ballons de baudruche et des papiers cadeau, Thandie Johnson, 55 ans, s'effondre sur ses rayons dévastés."Je suis tellement en colère.Pourquoi, mais pourquoi?", sanglote-t-elle dans son magasin saccagé.
"Je dois de l'argent aux banques.Comment je vais payer, avec quoi?", demande-t-elle.Mère d'un adolescent, elle a tout placé dans cette affaire, pour ne pas vivre "sur le dos de son mari".
Elle en veut sans distinction aux autorités pour ne pas avoir empêché ça, au président Cyril Ramaphosa qui réfléchit trop et est "trop lent à agir".Mais aussi à ces gens qu'elle connaît, à qui elle a pu vendre des accessoires pour leur dernière fête d'anniversaire et qui, aujourd'hui, lui ont tout pris.
"Il n'y a ni ordre, ni loi en Afrique du Sud", lance-t-elle en désignant les militaires déployés autour du centre commercial.Elle avoue être "fatiguée des êtres humains".
Propriétaire d'un magasin de spiritueux un peu plus loin, Godfrey Matabane tente d'obtenir l'aide des autorités, en vain jusqu'ici, pour déplacer son stock.Il s'inquiète d'être la prochaine cible.
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