Libye: dans Misrata assiégée, des milliers de réfugiés pris au piège

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MISRATA (Libye) (AFP)

Sundus El Sayyed menait une vie paisible de professeur de physique à Misrata.Mais depuis que cette ville est assiégée par les troupes du colonel Kadhafi, cette Egyptienne, comme des milliers de réfugiés, vit sous une tente sale dans un camp insalubre.

"Cette tente est ma prison", témoigne cette femme de 45 ans."Les toilettes sont en très mauvais état, il n'y a pas de médicaments, la situation est très mauvaise".

Comme les quelque 7.000 réfugiés du camp, venus pour la plupart du continent africain -Algérie, Tchad, Egypte, Ghana, Mali, Niger et Soudan principalement- et pris au piège du conflit libyen depuis mi-février, Mme El Sayyed se réchauffe la nuit en allumant un feu.

Dans la journée, ils font la queue pour un peu d'eau, un peu de nourriture, distribués par quelques bénévoles du Croissant rouge libyen.

"Pourquoi l'Egypte n'a-t-elle pas envoyé de bateaux ? Pourquoi les Nations Unies n'ont-elles pas envoyé de bateaux", s'insurge l'enseignante.Autour d'elle, des centaines de personnes crient leur détresse, demandent un téléphone pour donner et prendre des nouvelles de leurs proches, qu'ils n'ont pu contacter depuis des semaines.

L'Egypte avait bien envoyé un bateau en Libye le mois dernier, avant que le conflit ne dégénère.Mais lorsque son tour est venu il n'y avait plus qu'une place disponible: elle a préféré la laisser à sa fille, étudiante en agronomie."Elle a la vie devant elle", explique-t-elle.

L'immense camp de tentes s'étend le long de routes bordant le port de Misrata, où un bateau chargé d'aide médicale et alimentaire a pu exceptionnellement accoster mercredi et jeudi.L'entrée du camp est contrôlée par des rebelles libyens, armés de fusils et de couteaux.

"Il y a eu beaucoup de coups de feu ici", explique Mohamed Ibrahim, un ouvrier ghanéen de 27 ans."Un Libyen nous a menacés parce que nous sommes noirs.On veut juste rentrer chez nous.On n'a rien à voir avec cette guerre.On veut juste partir".

Le bruit court parmi l'opposition libyenne qu'une partie des forces pro-Kadhafi qui assiègent cette ville située à plus de 200 km à l'est de Tripoli, sont des mercenaires recrutés en Afrique sub-saharienne.Du coup, les Africains font figures de suspects potentiels aux yeux de nombreux Libyens.

"Des Libyens sont venus et ils nous ont volé notre argent, c'est une situation terrible", explique Mohamed Mauad, un Egyptien de 30 ans.

Malgré tout, de nombreux réfugiés reconnaissent qu'ils ont pu survivre grâce à la générosité des habitants de Misrata, pourtant eux même privés de tout après plus de 40 jours de siège par les forces loyalistes.

Mais tous rêvent aujourd'hui de fuir cet enfer.Comme Abdelsalam Boudyelida, un Algérien qui vit sous une tente avec son épouse égyptienne et leurs deux enfants.Il explique avoir manqué de quelques heures le dernier bateau ayant évacué des réfugiés de Misrata.

"On n'a pas pu gagner le port parce qu'il y avait des bombardements là où on habite", raconte cet homme de 55 ans, qui possède un petit commerce de peinture à Misrata.Ses 15 employés libyens ont aujourd'hui fui la ville.

"Avant j'avais une maison", lâche-t-il."Aujourd'hui je dors par terre".

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