Violences post-électorales au Kenya: l'ex-ministre Ruto devant la CPI

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LA HAYE (AFP)

Le député et ancien ministre kényan William Ruto, soupçonné de crimes contre l'humanité commis lors des violences post-électorales de 2007-2008, a clamé son innocence jeudi devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye.

"Les allégations qui ont été faites ici, on dirait qu'elles sortent d'un film", a réagi M. Ruto, qui comparaissait pour la première fois devant la Cour, à la fin de la lecture des crimes qui lui sont imputés.

William Ruto, ex-ministre de l'Enseignement supérieur, Henry Kosgey, ancien ministre de l'Industrialisation, et Joshua Arap Sang, présentateur de radio, proches du Premier ministre Raila Odinga, participaient, libres, à une audience de première comparution destinée notamment à s'assurer qu'ils ont été informés des crimes qui leur sont reprochés.

"Il n'est pas permis de commettre d'atrocités pour prendre le pouvoir ou le garder", a soutenu le procureur Luis Moreno-Ocampo lors d'une conférence de presse à l'issue de l'audience."Ce n'est pas permis au Kenya, ce n'est pas permis en Libye, ni dans d'autres parties du monde".

"Une personne innocente comme moi, que l'on traîne jusqu'ici, franchement c'est quelque chose qui me rend perplexe", a déclaré à l'audience M. Ruto, candidat potentiel à l'élection présidentielle de 2012, qualifiant les allégations à son encontre d'"histoires du procureur et de son équipe".

"Il n'y a aucune raison pour nous d'être ici, nous sommes innocents", a-t-il ensuite affirmé devant la presse à l'issue de l'audience, avant d'entonner l'hymne national de son pays avec des parlementaires kényans venus le soutenir.

Une audience de confirmation des charges, préalable à l'ouverture d'un procès éventuel, a été fixée au 1er septembre.Une audience technique, à laquelle les suspects ne sont pas tenus d'assister, aura lieu le 18 avril.

Le procureur Luis Moreno-Ocampo avait présenté en décembre 2010 deux dossiers distincts, contre deux groupes de trois personnes, correspondant aux deux camps se partageant le pouvoir au Kenya, le Mouvement démocratique orange (ODM) de Raila Odinga et le Parti de l'unité nationale (PNU) du président Mwai Kibaki.

Les six hommes, soupçonnés notamment de meurtres, transfert forcé de population et persécutions durant les mois qui ont suivi la réélection contestée de M. Kibaki en décembre 2007 face à Raila Odinga, font l'objet de citations à comparaître délivrées le 8 mars.

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances Uhuru Kenyatta, plus haut responsable kényan visé par cette procédure, Francis Muthaura, le bras droit du président Mwai Kibaki, et Mohammed Hussein Ali, chef de la police à l'époque des faits, sont convoqués vendredi à 14H30 (12H30 GMT).

Selon l'accusation, quelque 1.200 personnes avaient été tuées et plus de 300.000 déplacées.

Le Kenya conteste, dans une requête déposée le 31 mars, la compétence de la CPI pour poursuivre les responsables des violences post-électorales, affirmant être en mesure d'engager lui-même des poursuites.

"Des promesses (ndlr, du gouvernement kényan), ce n'est pas assez", a pour sa part estimé le procureur argentin de la CPI."Il faut prouver qu'il y a une procédure nationale concernant les mêmes incidents, les mêmes individus, les mêmes charges : rien de semblable ne figure dans la requête".

La Cour, dont le Kenya est un Etat partie, ne peut engager de poursuites que si la justice nationale ne peut pas ou ne veut pas traiter des crimes relevant de sa compétence.

La CPI est le premier tribunal permanent chargé de poursuivre des auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide commis depuis 2002.

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