Le président ivoirien internationalement reconnu Alassane Ouattara était vendredi confronté au défi majeur du rétablissement de la sécurité, particulièrement à Abidjan où le sortant Laurent Gbagbo restait retranché dans son bunker défendu par des centaines de combattants.
D'un ton qui se voulait ferme, Charles Blé Goudé, le leader des jeunes patriotes de Laurent Gbagbo, fidèle au président sortant, a appelé vendredi à un "dialogue inter-ivoirien", dans un entretien à la chaîne France 24.
"C'est la seule issue pour contrôler cette crise, sinon on ne pourra jamais faire disparaître tous les pro-Gbagbo ou les pro-Outtara de la Côte d'Ivoire", a déclaré M. Blé Goudé, ministre de la Jeunesse de M. Gbagbo et surnommé "le Général de la rue" pour sa capacité à mobiliser notamment les masses estudiantines.
M. Gbagbo "ne démissionnera pas.Il est bien calé dans son fauteuil présidentiel", a répété de son côté depuis Paris l'un des conseillers du président sortant, Toussaint Alain.
La situation sécuritaire et humanitaire restait très tendue vendredi à Abidjan.
Pour échapper à "un grave danger",l'ambassadrice d'Inde a été évacuée vendredi de sa résidence par des Casques bleus de l'ONU et des militaires français, selon New Delhi.
La force française Licorne - placée sous mandat de l'ONU - avait exfiltré mercredi l'ambassadeur du Japon Yoshifumi Okamura et ses collaborateurs de la résidence officielle japonaise, dont des combattants fidèles à Gbagbo avaient pris le contrôle.
Dans l'ouest du pays désormais aux mains des forces fidèles à Ouattara, des enquêteurs de l'ONU ont découvert plus de 100 corps ces dernières 24 heures.
"Plus de cent corps ont été trouvés ces dernières 24 heures dans trois endroits dans l'ouest", Duékoué, Bloléquin et Guiglo, a déclaré à Genève un porte-parole du Haut commissariat aux droits de l'homme, précisant que ces meurtres semblaient avoir eu des mobiles "ethniques".
Alassane Ouattara, dans sa première allocution télévisée depuis l'aggravation de la crise post-électorale des dernières semaines, a promis jeudi soir que "la lumière sera faite sur tous les massacres".
Il a annoncé qu'un blocus avait été établi autour du périmètre de la résidence où M. Gbagbo est retranché "avec armes lourdes et mercenaires".
Après l'impasse politique née de l'élection présidentielle du 28 novembre et l'enlisement militaire, Abidjan, livrée aux pillards, est confrontée à l'urgence humanitaire: le système de santé s'est effondré, l'eau et l'électricité sont souvent coupées et les réserves de nourriture s'amenuisent.
M. Ouattara a demandé aux responsables de ses forces "de prendre toutes les dispositions pour assurer le maintien de l'ordre et la sécurité des biens".
Les Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), au cours de leur mission de sécurisation d'Abidjan, ont commencé à récupérer vendredi des objets qui avaient été pillés, selon un photographe de l'AFP.
M. Ouattara a annoncé un prochain allègement du couvre-feu en vue de permettre un "retour progressif à la normalité", et a appelé son peuple à l'unité afin de relancer la reconstruction du pays..
"J'ai demandé que les sanctions de l'Union européenne sur les ports d'Abidjan et San Pedro et sur certaines entités publiques du fait du régime illégitime de Laurent Gbagbo soient levées", a-t-il dit.
L'UE impose un embargo sur les deux ports pour faire pression sur Laurent Gbagbo.Celui de San Pedro (sud-ouest) est le premier port d'exportation de cacao au monde.
D'autre part, le regroupement des expatriés vers le camp militaire français de Port-Bouët à Abidjan par les soldats de la force Licorne s'est poursuivi vendredi, ainsi que les évacuations vers plusieurs pays de la région, a-t-on appris à Paris auprès de l'état-major des armées.
Environ 1.800 Français et ressortissants d'autres pays étaient regroupés vendredi à Port-Bouët d'où quelque 1.600 personnes ont été évacuées ces derniers jours vers Lomé, Dakar ou Accra.
Confrontées à une véritable urgence humanitaire, les agences de l'ONU ont demandé l'ouverture de couloirs humanitaires pour venir en aide aux victimes fuyant les violences.
Elles ont aussi indiqué avoir distribué des vivres à Duékoué où quelque 30.000 personnes s'entassaient dans une mission catholique, fuyant les violences dans cette ville prise le 29 mars par les forces d'Alassane Ouattara.
"Nous n'avons pas mangé depuis deux jours.Mes enfants sont de plus en plus faibles", a témoigné Anaï Alphonsine, 50 ans, réfugiée sous un abri en toile plastique dans une chaleur suffocante, près d'enfants aux ventres ballonnés et aux yeux creusés.
Rendu public dans ce contexte de grave crise humanitaire, le département d'Etat, dans son rapport annuel 2010 sur les droits de l'homme, a souligné que les forces loyales à Laurent Gbagbo ont commis des exactions majeures en Côte d'Ivoire en 2010 dont des assassinats, tortures et détentions arbitraires.
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