Ecarté des scrutins en Côte d'Ivoire pendant des années, l'accession au pouvoir d'Alassane Ouattara a un goût de revanche. Retour sur la carrière du nouveau président. Alassane Dramane Ouattara a recueilli 54% des votes au second tour qui l'opposait à Laurent Gbagbo, le 28 novembre dernier. L'aboutissement d'un combat de vingt ans pour se faire une place aux commandes de son pays.Né en 1942 à Dimbokro, près de Yamoussoukro, Ouattara a fait ses études au Burkina Faso, puis aux Etats-Unis, où il a obtenu un doctorat en économie en 1967. Il commence sa carrière d'économiste au FMI l'année suivante, dont il dirigera le département Afrique de 1984 à 1988. Il devient ensuite gouverneur de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) ; poste qu'il occupera pendant deux ans.C'est en 1990 qu'il entre sur la scène politique ivoirienne. Le 7 avril, exactement, c'est-à-dire moins d'un mois avant l'avènement du multipartisme. Félix Houphouët-Boigny, président du pays depuis 1960, est alors confronté à un effondrement du cours du cacao et à une explosion de la dette publique. Il l'appelle pour résoudre cette crise économique qui inquiète tant les Ivoiriens que la communauté internationale. Ouattara est d'abord président du comité interministériel de la coordination du programme de stabilisation et de relance économique, mais il est assez rapidement nommé Premier ministre. Il mène alors une politique de rigueur budgétaire qui est durement ressentie par la population, mais qui sera bénéfique au pays. Le concept d'« ivoirité » en travers de son chemin Cette première phase politique s'achève en 1993, avec la mort du président Houphouët-Boigny. Jugeant le scrutin à venir non transparent, Alassane Ouattara renonce à se présenter à la présidentielle en 1995 face à Henri Konan Bédié, qui a succédé à Houphouët. Mais c'est pour l'empêcher de changer d'avis que le camp Bédié développe le concept nationaliste d'"ivoirité". La loi électorale est modifiée : pour briguer la présidence, les candidats doivent être nés de père et de mère ivoiriens, n'avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne et avoir résidé de manière continue sur le territoire national durant les cinq années précédant le scrutin. Les partisans de Bédié tentent de prouver l'inéligibilité d'Alassane Ouattara, accusé d'être d'origine burkinabé.Peu importe, Alassane Ouattara est reparti aux Etats-Unis�?� Il a repris sa carrière d'économiste au FMI, dont il est le premier Africain à devenir directeur général adjoint en 1994. Mais il n'a pas tiré un trait sur la politique, loin de là�?� En 1999, il rentre au pays et prend la tête du Rassemblement des Républicains (RDR). Il se lance dans la course à la présidentielle d'octobre 2000, mais sa candidature est rejetée pour "nationalité douteuse" par la Cour Suprême, et c'est Laurent Gbagbo, ancien allié au sein du Front républicain, devenu son rival, qui est élu à la tête du pays. Accusé d'être à l'origine de la tentative du coup d'Etat contre le président Gbagbo en 2002, Ouattara manque de se faire assassiner. Il décide de quitter le pays et s'exile en France. Il faudra attendre 2005 pour que le vent commence à tourner : sous la pression internationale, Gbagbo accepte que son meilleur ennemi puisse se présenter à la présidentielle suivante. Le chemin vers la victoire Le problème de son ostracisation électorale est définitivement réglé le 6 avril 2005 à Pretoria. Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Guillaume Soro, secrétaire général du MPCI (et actuel Premier ministre), signent un accord de paix. Parmi les dispositions-clé, figure l'amendement du controversé article 35 de la Constitution qui avait exclu Alassane Ouattara des précédentes élections. Dès le 18 mai 2005, dans les Salons Hoche, à Paris, quatre partis �?? le PDCI, le RDR, le Mouvement des forces d'avenir et l'Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire �?? créent le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Une alliance surprenante de Ouattara avec son vieil ennemi Bédié�?� dans l'optique de nouvelles élections.Mais ces nouvelles élections, justement, se font attendre�?� Rentré au pays en 2006, Alassane Ouattara devra patienter jusqu'en novembre 2010 pour les voir se dérouler�?� et, une fois le scrutin remporté, quelques mois supplémentaires avant de pouvoir quitter l'hôtel du Golf et prendre effectivement la tête du pays.La personne d'Alassane Ouattara déchaîne les passions, chez ses partisans comme chez ses détracteurs. L'homme cristallise incontestablement le malaise ressenti par les Ivoiriens originaires du Nord du pays. Ses adversaires le voient comme un étranger venu déstabiliser le pays. Certains l'accusent d'avoir exploité le filon des tensions raciales à des fins politiques. Certes, les difficultés qu'il a rencontrées ces douze dernières années pour échapper à l'ostracisation dont il a été victime l'ont rendu parfois amer. « Pour mieux m'exclure du débat politique national, j'ai tour à tour été traité d'étranger, de faussaire, d'usurpateur, et d'ennemi de mon pays. Qu'est-ce qui peut justifier cette conspiration contre ma personne ? », déclarait-il en 2001, au Forum de la réconciliation nationale. Aujourd'hui pourtant, Ouattara dit avoir pardonné. « Je me suis libéré de toutes les humiliations que j'ai subies », clamait-il lors de la campagne du premier tour. Il a aussi proclamé, dans son allocution télévisée du 7 avril, qu'il serait le « président de tous les Ivoiriens ». Reste à savoir s'il saura réconcilier ses concitoyens.Clémence Mortier
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