Algérie: les "sacrifiés" de la réconciliation nationale réclament dignité

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ALGER (AFP)

Le bras ou la jambe arraché par une bombe, l'oeil emporté par un éclat d'obus, des dizaines de "patriotes", ces civils qui ont tout abandonné pour traquer les groupes armés islamistes et qui se retrouvent sans ressource, se sont rassemblés lundi à Alger pour réclamer de la "dignité".

"Avant notre engagement, les éléments des forces de sécurité tombaient comme des mouches sous les coups des groupes terroristes", se souvient Mustapha Sellama, blessé au ventre, à l'épaule et à l'oeil.

Quand il a pris les armes dans la Mitidja, la riche plaine agricole aux portes d'Alger où les tueries étaient quotidiennes, il avait 37 ans.Il en a 53. "Dieu seul sait la misère que nous avons endurée", se lamente ce père de famille qui n'a pas reçu "un centime" depuis 2006 et qui ne sait plus quel "mensonge inventer" à ses trois enfants pour justifier son dénuement.

Au début des violences islamistes en 1992, l'armée avait mobilisé des forces spéciales qui ratissaient les maquis à travers tout le territoire.Mais ces unités n'avaient pas une très bonne connaissance du terrain.En plus, une fois reparties, les groupes armés revenaient menacer les villageois.

Ces derniers, abandonnant le plus souvent leurs occupations, ont commencé à former des Groupes de légitime défense" (GLD) armés par les forces de sécurité avec lesquelles ils mènent des opérations, les aidant par leur maîtrise du terrain et par le renseignement.

Les GLD subiront les foudres d'une partie de l'opposition politique les traitant de "miliciens".Mais leur engagement sera décisif dans la guerre contre le terrorisme qui a fait 200.000 morts, selon des sources officielles.

En campagne électorale pour son premier mandat en 2009, le président Abdelaziz Bouteflika leur avait promis, disent-ils, un statut semblable à celui des maquisards de la guerre d'indépendance (1954-1962) prévoyant une pension et des avantages sociaux.

Une décennie après, ils n'ont rien vu venir alors que les islamistes qui ont déposé les armes ont été aidés à se réinsérer dans la société.Les "patriotes" que la télévision nationale glorifiait quotidiennement avant son journal de 20 heures comme "les hommes debout" de l'Algérie se sentent des "parias".

"Nous sommes les sacrifiés de la politique de réconciliation nationale" mise en oeuvre par le président Bouteflika, enrage un "patriote" venu d'Aïn-Defla (160 km au sud-ouest d'Alger)."Nous avons lutté jour et nuit, sous le froid et le cagnard, nous avons sauvé le pays de l'intégrisme et on nous jette; le pouvoir s'est servi de nous", crie-il

"Rendez-nous notre dignité" et "où sont vos promesses, M. Bouteflika?" demandaient des banderoles accrochées à un kiosque à musique sur la Place des Martyrs.

Comme seuls documents officiels, des manifestants ont montré à la presse un permis de port d'arme et un certificat de travail délivré par le ministère de la Défense avec la mention "citoyen volontaire dans le secteur opérationnel".

Pendant des années, ils ont perçu un petit pécule versé irrégulièrement.Il n'y a pas de fiche de paie, pas d'allocations familiales et pas d'assurance maladie alors qu'ils souffrent des traumatismes liées à la "guerre contre les terroristes": tension, diabète, insommies.

Aujourd'hui, ils demandent la retraite pour les plus âgés d'entre eux, un travail pour les autres et une pension pour les veuves et les orphelins des compagnons morts au combat.

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