Dans l'unique hôpital de Misrata, enclave rebelle assiégée depuis 50 jours par les forces du colonel Kadhafi, c'est sur le parking, sous une tente blanche, qu'ont été installées les urgences.
Car en fait d'hôpital, c'est la clinique privée Al Hekma (60 lits) qui est depuis des semaines le principal centre de santé de cette ville qui comptait avant le début des combats, le 19 février, un demi-million d'habitants.
"Notre précédent hôpital était la cible de snipers qui tiraient sur le personnel et les familles des patients", dit, dans son bureau aux fenêtres brisées par une balle, le Dr Mohamed El Fortia, directeur de l'établissement.
"Nous avons décidé d'évacuer, nous nous sommes installés dans cette clinique privée, dans un quartier plus sûr", ajoute-t-il.
Mais pas de place, dans ce petit immeuble de béton et de verre, pour un service d'urgence.C'est donc sur le côté du bâtiment, sous une grande tente, qu'ont été installés six lits.Une pharmacie a été improvisée sur deux tables.
"Ce n'est pas l'idéal, regardez ce sol", montre le chirurgien Abdallah Jewed.Du bitume, avec les emplacements des voitures à la peinture blanche."Mais c'est tout ce que nous avons.Les patients sont reçus ici, stabilisés puis envoyés dans les services".
Près de la tente, sur le parking, des lits de malades, des matelas, des dizaines de bouteilles d'oxygène.Des patients prennent le soleil, sur des fauteuils roulants.
Après avoir pendant des jours été saturé de patients, simples malades ou victimes de guerre, l'hôpital de Misrata respire un peu mieux depuis que des navires affrétés par des organisations humanitaires ont apporté de l'aide et évacué vers Benghazi, capitale de la rébellion plus à l'Est, des centaines de blessés.
"Aujourd'hui, nous avons trente patients pour soixante lits", ajoute le Dr El Fortia."Mais pour nous le plus urgent serait de pouvoir aller chercher tous les médicaments que nous avons laissés dans le précédent hôpital".
"Les soldats de Kadhafi s'en servent de quartier général, parce qu'ils pensent que les avions de l'Otan ne pourront pas les atteindre là.Nous voulons qu'une trêve soit décrétée pour que la Croix-Rouge aille chercher ces médicaments.Nous soignons tout le monde, ici.Rebelles comme hommes de Kadhafi".
Selon lui, les six chirurgiens, dix médecins et les infirmières, qui travaillent 24 heures sur 24 depuis près de deux mois, sont épuisés.
Dimanche, ils ont reçu en renfort trois médecins et trois infirmières italiens, de l'ONG Emergency, arrivés par bateau de Malte.
L'un d'eux, le Dr Antonio Rainone, de Rome, estime que "pour l'instant, pour ce qui est de l'approvisionnement en médicaments, cela va.Il y a des bateaux réguliers.Mais pour combien de temps ?"
"La chance, à Misrata, c'est que le port soit ouvert.La ville a besoin de nourriture, d'eau.Ce qu'il faut, c'est un corridor maritime sûr, pour que toute l'aide nécessaire puisse arriver".
"Mais en fait", conclut-il, "ce dont ils ont vraiment besoin, c'est de se débarrasser de ce dictateur à Tripoli..."
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