Des marais pollués, recouverts d'huile, des communautés rurales pauvres et d'anciens militants armés qui s'impatientent: le delta du Niger, région pétrolifère du sud du Nigeria, est une zone clé dont l'avenir peut faire basculer celui de l'ensemble du pays.
Les violences dans cette région d'où le Nigeria, premier producteur de brut d'Afrique, tire 90% de ses devises, ont un impact direct sur les cours internationaux du pétrole.A l'heure de l'élection présidentielle, les activistes soulignent l'urgence de développer et stabliser le delta.
"La paix que nous connaissons actuellement dans le delta du Niger a été chère", estime Ledum Mitee, défenseur de renommée des droits des populations locales.
"La situation actuelle peut engendrer de nouvelles violences si les problèmes fondamentaux de la région ne sont pas réglés", met-il en garde.
Le président sortant Goodluck Jonathan, favori du scrutin de samedi, est originaire du delta.Mais sa possible réelection ne sera pas à elle seule un gage d'apaisement.
Les problématiques du delta sont complexes et multiples: commerce illégal de pétrole dans lequel seraient impliqués des hommes politiques influents; pauvreté et sous-développement; vaste pollution des sols et des eaux, affectant pêche et agriculture pratiqués par les habitants.
Une amnistie offerte en 2009 aux groupes armés sévissant dans la région, simples gangs criminels ou militants disant lutter pour une plus juste répartition des richesses, a permis une accalmie.
Les attaques d'installations pétrolières et les enlèvements d'employés du secteur sont en net recul et la production de brut, tombée sous la barre des un million de barils par jour au plus fort des tensions, dépasse désormais 2 millions de baril quotidiens.
"Le chemin que nous allons réussir à parcourir dépendra de la mesure dans laquelle Jonathan pourra améliorer les conditions de vie de son peuple", estime Erekosima Onengiya, directeur de la Fondation pour la paix et la non-violence au Nigeria.
"Je crains qu'il ne reste plus beaucoup de temps.Il doit agir vite", souligne-t-il.
Les ex-dirigeants de groupes armés ayant accepté l'amnistie perçoivent dans ce cadre des indemnités.Mais s'ils décidaient de reprendre les armes, le calme relatif pourrait facilement céder la place au chaos, estiment des analystes.
De plus, de nombreux jeunes sont au chômage dans cette région où circulent en grand nombre les armes illégales.
L'armée, déployée en force dans le delta a été accusée de prendre part au commerce illégal de pétrole.Elle le dément et affirme au contraire lutter contre cette pratique.
Cette semaine les soldats ont montré à des journalistes un site démantelé utilisé par des trafiquants de pétrole.Perforeuses et barils jonchent le sol, non loin d'une embarcation détruite par les forces de l'ordre.
"Le vol de brut est un business sophistiqué dans le delta du Niger", explique le lieutenant colonel Greg Omorogbe."Nous savons que des personnes influentes sont impliquées mais nous ne pouvons les nommer en raison d'enquêtes en cours".
Habituellement, les voleurs forent des trous directement dans les oléoducs qui quadrillent la région, raffinent le brut de façon artisanale et le transportent sur des barges, parfois vers d'importants navires à destination de l'étranger.
Selon un porte-parole de l'armée, le lieutenant colonel Timothy Antigha, le vol de brut représente représente un manque à gagner de plusieurs millions de dollars chaque année.
De plus, c'est une activité polluante dans une région où l'exploitation pétrolière a largement dégradé l'environnement au fil des décennies.
Le groupe anglo-néerlandais Shell avance que ce commerce illégal est responsable de la plus grande partie de la pollution terrestre, ce que réfutent des défenseurs de l'environnement.
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