Le dirigeant sortant Goodluck Jonathan, a remporté la présidentielle au Nigeria, selon des résultats officiels communiqués lundi soir, à l'issue d'un scrutin qui a provoqué des émeutes dans le Nord, à dominante musulmane.
La victoire de Goodluck Jonathan à la présidentielle du Nigeria a été confirmée officiellement lundi soir par le chef de la commission électorale nationale, Attahiru Jega.
Mais l'ascendant de Jonathan Goodluck, un chrétien du Sud, a provoqué des émeutes dans le Nord musulman.
Ces émeutes ont déplacé plus de 15.000 personnes et fait au moins 278 blessés, a annoncé lundi un responsable local de la Croix-Rouge.
"Des morts ont été signalés", notamment à Kano et dans l'Etat voisin de Kaduna, a de son côté affirmé un responsable de la sécurité, Yushau Shuaib, sans pouvoir donner un bilan plus précis.
Dans un pays marqué par de profondes divisions régionales et communautaires, les émeutiers ont incendié la maison du vice-président Namadi Sambo à Zaria, dans l'Etat de Kaduna, et celle de l'émir de la ville, selon un habitant.Ils ont aussi libéré de nombreux détenus.
"Les manifestants ont incendié la résidence du vice-président, le palais de l'émir, avant de s'en prendre à la prison", a déclaré par téléphone Mahmud Aliyu.
Les premières violences avaient éclaté dimanche au lendemain du vote, provoquées par des accusations de fraudes contre le camp de M. Jonathan.
Lundi, elles faisaient toujours rage à Kano, la seconde ville du pays, et avaient gagné Jos, dans le Centre, et d'autres cités.
A Kano, des foules armées de gourdins, planches et couteaux affrontaient des soldats, un centre commercial a été incendié et les commerces et écoles avaient fermé.Un couvre-feu de vingt-quatre heures a été imposé dans l'Etat voisin de Kaduna.
La foule favorable à Muhammadu Buhari, un musulman du Nord rival malheureux à la présidentielle de M. Jonathan, a aussi attaqué deux chrétiens présumés.
Dans la ville de Potiskum, dans l'Etat de Yobe, dans le nord-est, des témoins ont rapporté que la foule avaient tenté d'immoler une chrétienne en lui passant un pneu enflammé autour du cou mais qu'elle avait été sauvée par des habitants.
"Des jeunes allument des feux dans les rues et incendies les maisons de partisans du parti au pouvoir.Des soldats ont été appelés.Les rues sont désertes à l'exception des manifestants", a raconté un habitant, Kabiru Usman.
Des violences ont aussi été signalées dans les villes de Kaduna, Zaria et Sokoto, dans le Nord, ainsi qu'à Jos, dans le Centre, qui marque la frontière entre majorités chrétienne et musulmane et théatre de fréquentes violences intercommunautaires.
Le principal parti d'opposition, le Congrès pour le changement démocratique dont M. Buhari était le candidat, a officiellement contesté pour irrégularités le résultat de la présidentielle.
Ces accusations figurent dans une plainte envoyée à la commission électorale, a déclaré le président du parti, Tony Momoh.
Avant même la fin du dépouillement, la commission donnait lundi à Goodluck Jonathan une avance telle qu'il est assuré de l'emporter.Il arrivait en tête dans 22 des 36 Etats de la Fédération avec plus de 21 millions de voix contre 9 millions à M. Buhari, ancien chef d'une junte militaire en 1984-1985.
Si dans l'ensemble, les observateurs ont jugé l'élection de samedi plus honnête que les précédentes, des résultats anormalement élevés en faveur de M. Jonathan, dans ses bastions du Sud chrétien, ont semé le doute: l'Etat de Akwa Ibom lui a donné 95% des voix et celui de Bayelsa, son Etat natal, 99,63%.
"De tels chiffres au dessus de 95% paraissent inventés et posent de graves interrogations sur la crédibilité de l'élection", a estimé Jibrin Ibrahim de l'ONG du Centre pour la démocratie et le développement.
Ces résultats ont confirmé une division nette entre le Nord musulman pro-Buhari et le Sud chrétien pro-Jonathan.
Dans le Nord, beaucoup espéraient une victoire de M. Buhari, 69 ans, pour relancer un Nord économiquement marginalisé par le riche Sud pétrolier du pays le plus peuplé d'Afrique.
Goodluck Jonathan, 53 ans, est candidat du Parti démocratique du Peuple (PDP) qui a remporté dès le premier tour toutes les présidentielles depuis la fin des régimes militaires en 1999.
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