C'est sans doute après l'ex-président Ben Ali lui-même et son épouse Leïla l'un des hommes les plus détestés de Tunisie depuis le 14 janvier: la comparution mercredi d'Imed Trabelsi, neveu de l'ex-première dame, était tout sauf sereine.
Son apparition dans le prétoire, cheveux gominés et costume-cravate, entourés de policiers en treillis, gilets pare-balle et cagoulés, a déclenché insultes et noms d'oiseaux dans le public.On était bien loin de la justice dépassionnée et sans esprit de vengeance que réclament de nombreux juges et avocats depuis des semaines.
Incarcéré depuis le 14 janvier à la base militaire de l'Aouina, près de Tunis, Imed Trabelsi comparaissait pour une seule charge: consommation de stupéfiants.
Rapidement l'atmosphère devint électrique: des avocats affirmaient que la chambre correctionnelle était incompétente pour le juger, ne faisant que redoubler la colère du public.Finalement le juge Lassad Chamakhi décidait de reporter le procès au 7 mai.
"Je suis contre toute forme de vengeance.L'un des principes de ce métier est de respecter le droit de tous les prévenus, loin des tensions et des surenchères et quels que soient leurs crimes", a indiqué à l'AFP Me Samir Ben Amor, également secrétaire général de l'association internationale de soutien aux prisonniers politiques.
Il appelé ses collègues "à éviter ces pratiques pour enflammer le public" qui était selon "dans un état hystérique".
"Je suis traité comme un condamné du simple fait que je suis l'avocat d'Imed Trabelsi", a déploré à l'AFP son avocat Wissem Saïdi, se refusant à tout autre commentaire.
Selon Mokthar Trifi, avocat et président de la Ligue Tunisienne de la défense des droits de l'Homme "chaque personne a droit à un procès équitable quel que soit son crime.Que ce soit Imed Trabelsi ou même le président déchu Zine El Abidine Ben Ali, ils ont le droit de se défendre et d'être jugés dans la sérénité".
"La dignité de chacun doit être préservée et nous sommes tous contre les traitements dégradants.Tout prévenu est innocent jusqu'à ce que sa culpabilité soit prouvée", a-t-il souligné à l'AFP.
"Chaque détenu doit être jugé pour ses crimes mais avec le respect des principes d'un procès", abonde l'avocate Radhia Nasraoui, également présidente de l'Association de lutte contre la torture en Tunisie.
"On peut pas sous prétexte que ces gens là (les Trabelsi) ont pillé le pays et commis des crimes crapuleux les priver d'un procès équitable.C'est un droit qu'on doit le respecter.Un avocat, c'est comme un médecin, il doit aider toute personne qui a besoin de lui", dit-elle encore à l'AFP.
Radhia Nasraoui a toutefois ajouté qu'elle n'accepterait pas de défendre les familles Trabelsi et Ben Ali, tout simplement parce qu'elle défend déjà "leurs victimes".
Dans la presse comme dans la rue, on n'arrête pas de parler des crimes commis par les Trabelsi, qualifiés de "clan quasi-mafieux" impliqué dans plusieurs affaires d'escroquerie.
"Apparemment, la moitié du monde des affaires en Tunisie peut se prévaloir d'une connexion avec Ben Ali par le mariage (avec Leila Trabelsi) et bon nombre de ces relations auraient grandement profité de cette parenté.L'épouse de Ben Ali, Leïla Ben Ali, et sa famille élargie, les Trabelsi, sont ceux qui suscitent le plus la colère des Tunisiens", écrivait en juin 2008 l'ambassade des Etats-Unis à Tunis dans un télégramme diplomatiques révélé par WikiLeaks.
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