Le sénateur américain John McCain, en visite vendredi dans le bastion rebelle libyen de Benghazi, a appelé le monde à reconnaître le Conseil national de transition (CNT), au lendemain de l'annonce par Washington de l'envoi de drones armés au-dessus de la Libye.
Arrivé dans la matinée, M. McCain s'est entretenu avec les responsables de la rébellion, avant d'appeler lors d'une conférence de presse "la communauté internationale à reconnaître le Conseil national de transition comme la voix légitime du peuple libyen".
"Ils ont gagné ce droit", a insisté le sénateur, candidat républicain à la présidence en 2008, ajoutant que la ville de Benghazi, siège de l'opposition à près de 1.000 km à l'est de Tripoli, était pour lui "un exemple puissant et plein d'espoir de ce que (pouvait) être une Libye libre".
La France, le Qatar, l'Italie et depuis vendredi la Gambie sont pour l'instant les seuls pays à avoir reconnu le CNT comme interlocuteur principal en Libye.
Plus haute personnalité américaine à se rendre en Libye depuis le début du soulèvement mi-février, John McCain avait été accueilli par une cinquantaine de manifestants aux cris de "Libye libre, Kadhafi va-t'en, merci l'Amérique, merci Obama !".
Sa visite "est un grand moment pour nous, parce que ça signifie que les Américains de tous bords sont avec les Libyens", a déclaré à l'AFP Fayruz Naas, 47 ans, un enseignant venu acclamer le sénateur.
M. McCain, l'un des plus fervents partisans américains de l'intervention militaire en Libye, avait plaidé le 13 avril pour que les Etats-Unis participent de nouveau aux opérations militaires, assurant que l'Otan manquait de force de frappe.
Washington a finalement annoncé jeudi l'envoi de drones armés, dont deux seraient en permanence engagés au-dessus de la Libye.
"Nous espérons que cela puisse mettre fin au siège de Misrata", ville rebelle à 200 km à l'est de Tripoli en proie à une véritable guérilla urbaine entre la rébellion et les forces gouvernementales, a déclaré Moustapha al-Guerriani, un porte-parole du CNT.
"Les drones ont frappé avec succès les forces de Kadhafi", a déjà assuré un combattant rebelle revenant du front Est situé actuellement entre la ville d'Ajdabiya, à 160 km au sud de Benghazi, et le site pétrolier de Brega, 80 km plus à l'ouest.
"Ils tueront encore plus de civils", a cependant dénoncé le vice-ministre libyen des Affaires étrangères, Khaled Kaim.
L'Otan a poursuivi ses frappes jeudi, annonçant avoir détruit en particulier huit dépôts de munitions près de Tripoli ainsi que sept chars près de Misrata, Ajdabiya et Brega.
Plus au sud, les pro-Kadhafi ont attaqué dans la semaine une station de pompage dans un important site pétrolier à 250 km au sud de Tobrouk, dans le désert de l'Est, tuant huit gardes, a affirmé vendredi un responsable de l'Arabian Gulf Oil Company (Agoco), un groupe pétrolier proche de la rébellion.
Dans la zone montagneuse au sud-ouest de Tripoli, où des combats ont fait des dizaines de morts depuis une semaine, les rebelles ont pris le contrôle jeudi matin de l'un des principaux postes-frontière avec la Tunisie, entre Wazzan (Libye) et Dehiba (Tunisie).
Ces deux dernières semaines, 15.000 Libyens avaient fui vers la Tunisie dans cette zone, et le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) redoutait que ce ne soit que le début d'un exode "nettement plus important".
Selon le HCR et l'Organisation internationale des migrations (OIM), plus de 550.000 personnes ont déjà fui les combats en Libye depuis mi-février, et le flux ne tarit pas.
Un nouveau ferry affrété par l'OIM, le Red Star One, a quitté vendredi Benghazi pour Misrata, avec à son bord 160 tonnes d'aide humanitaire (nourriture, matériel médical, tentes et matelas).
Sa mission est de soutenir les habitants de Misrata et de poursuivre l'évacuation des réfugiés bloqués dans la ville assiégée.L'OIM a déjà évacué plus de 3.100 réfugiés de 21 nationalités de Misrata.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, un ferry affrété par l'OIM a rapporté à Benghazi les corps de Tim Hetherington et Chris Hondros, deux photographes tués par un obus de mortier mercredi à Misrata.
Une trentaine de journalistes, diplomates, représentants d'ONG et de la rébellion ont participé à une cérémonie en leur hommage."Ce sont des héros...Ils sont venus pour témoigner du conflit au reste du monde", a déclaré Abdel Hafiz Ghoqa, vice-président du CNT.
La France, l'Italie et le Royaume-Uni ont annoncé cette semaine l'envoi de conseillers militaires auprès des rebelles.Quelques officiers français effectuent déjà une mission pour conseiller le CNT, Rome va envoyer dix instructeurs à Benghazi et Londres "moins de 20 militaires".
Le président américain Barack Obama a dit "soutenir" ces initiatives mais la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a explicitement exclu que les Etats-Unis envoient eux-mêmes des conseillers militaires.
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