Quand la chanson française inspire l'Afrique... et inversement

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BOURGES (AFP)

Si la musique africaine influence depuis longtemps les artistes français, l'inverse est aussi vrai: la chanson française a bercé l'enfance de nombreux musiciens du continent noir.Un échange souvent oublié qui a inspiré "Yeke Yeke", la création du 35e Printemps de Bourges.

Le festival a eu l'idée de réunir vendredi sur la même scène de grands noms de la scène africaine et de jeunes musiciens occidentaux, demandant à chacun de reprendre et d'adapter le répertoire de l'autre.

L'idée est née d'une interview de Salif Keita dans laquelle le musicien malien expliquait qu'il aimait beaucoup la chanson française et en particulier Johnny Hallyday, expliquent les programmateurs du Printemps.

Dès que le projet lui a été présenté, Cheikh Lo a tout de suite voulu interpréter "Comme d'habitude" de Claude François.

"Dans les années 60, on commençait à nous balancer ces musiques françaises avec Johnny Hallyday.Il y avait les journaux +Salut les copains+ et donc on était un petit peu branché", raconte le chanteur sénégalais.

"La musique française nous influence, c'est obligé.Bamako c'est comme Paris.Ici, on écoute beaucoup de chansons du Mali et là-bas c'est la même chose", souligne Vieux Farka Touré.

Sur scène, Mory Kanté transforme son ami Higelin en griot, Mamany Keita transporte "Andy" des Rita Mitsouko à Bamako.La flûte peule d'Aly Wagué se promène sur "Comme un boomerang" de Serge Gainsbourg tandis que la franco-israélienne Yael Naim donne des accents orientaux à Salif Keita.

A les entendre, on mesure la complexité de marier harmonieusement des musiques aux structures si différentes.

"Jouer un morceau comme +Comme d'habitude+ au balafon ce n'est pas instinctif.Ca a demandé énormément de travail au musicien pour mémoriser les mouvements", explique Sébastien Martel.

Vieux Farka Touré souligne d'ailleurs avoir choisi "Comme un avion sans aile" de Charlélie Couture "car la composition était proche de (sa) musique"...et aussi parce que le titre le faisait rire.

La langue aussi a fait l'objet d'un gros travail, comme pour l'Anglais Piers Faccini qui a "osé pour la première fois" chanter en bambara pour reprendre "Santamaria" de Boubakar Traoré.

"C'est incroyable de chanter dans une langue nouvelle, que tu ne comprends pas.J'adore découvrir de nouvelles textures, c'est une autre sensation, qui fait sortir une autre émotion et un autre son", explique Yael Naim.

Mais aborder le français n'a pas non plus été simple pour les musiciens africains.

"Quand on m'a dit qu'il fallait que je chante une chanson française, j'ai dit: +ah, ça va barder+.C'est comme si on m'avait dit de chanter en peul !", s'exclame Mory Kanté.

"Le français n'est pas ma langue maternelle, mais il y a des mots qui m'ont frappé, qui m'ont touché", ajoute Victor Démé.

Le burkinabé a porté son choix sur "Aline" de Christophe car, dit-il "j'ai le même problème que lui, une fois qu'on a perdu son amour, on a envie qu'elle revienne".

"Dans +Santamaria+, Boubakar Traoré explique +si vous allez à cet endroit, saluez cette personne pour moi+.C'est un thème universel qui existe dans énormément de chansons du folk anglais", relève Piers Faccini.

"Quand on chante en Australie, les gens ne comprennent pas vraiment le mandingue, mais ça les pénètre.Il faut avoir une place dans sa culture pour les autres", souligne Mory Kanté, qui veut désormais que la création voyage en Afrique.

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