Le régime libyen a annoncé qu'il allait confier aux tribus loyalistes la ville rebelle assiégée de Misrata, où les combats ont fait plus de 25 morts samedi et où un drone américain a procédé à des frappes pour la première fois depuis le début du conflit en Libye.
Plusieurs explosions ont par ailleurs été entendues samedi en début de soirée à Tripoli, la capitale libyenne, survolée fréquemment par des avions de chasse de l'Otan, selon des journalistes de l'AFP.
Deux explosions près du centre ville ont été entendues vers 19H45 locale (17H45 GMT), suivies d'autres plus lointaines, selon des journalistes de l'AFP qui n'était pas en mesure de déterminer dans l'immédiat les sites visés par les raids.
En réponse aux appels à une intensification des opérations aériennes de l'Otan, le ministère américain de la Défense a annoncé qu'un Predator, un avion armé guidé à partir du sol, avait mené ses premières frappes en début d'après-midi dans le pays.
L'Otan a ensuite précisé que ce drone avait détruit un "lanceur de roquettes multiples" (orgue de Staline) près de Misrata.
Le président Barack Obama a autorisé jeudi le recours à ces drones, même si l'armée américaine, très impliquée lors des premières semaines de l'intervention de la coalition, entend désormais rester en retrait des actions militaires contre les forces pro-Kadhafi.
A Misrata, explosions et coups de feu se succèdent presque en continu depuis vendredi soir dans cette ville côtière à 200 km à l'est de Tripoli, théâtre depuis plusieurs semaines d'une guérilla urbaine meurtrière entre rébellion et forces loyalistes.
Le principal hôpital de la ville a annoncé avoir reçu plus de 25 morts et 100 blessés, rebelles ou loyalistes, entre 08H00 et 17H00 locales samedi.
Sur la rue de Tripoli, artère principale de la ville où se concentrent les combats, "on se bat parfois contre des hommes portant des uniformes de l'armée libyenne, et parfois contre des hommes en civil", a raconté Omar Rajab, un combattant rebelle de 29 ans.
"Il y a maintenant des combattants tribaux, venant de tribus du sud de la Libye", a-t-il assuré, tout comme d'autres insurgés.
Vendredi soir, le régime libyen a annoncé un retrait des forces gouvernementales de Misrata, précisant confier aux tribus environnantes loyales à Mouammar Kadhafi la mission de mettre fin au conflit dans cette ville par la négociation ou par la force.
Les raids aériens de la coalition internationale empêchaient l'armée d'appliquer sa tactique "chirurgicale" dans la ville, a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Khaled Kaaim, pour expliquer ce changement de tactique.
Des habitants des villes voisines, comme Bani Walid ou Zliten, fiefs de la tribu des Werfella, la plus nombreuse et la plus loyale au régime, devraient être mobilisés, une démarche qui semble destinée à compliquer la tâche de l'Otan en impliquant des "civils".
Mais une grande partie des habitants concernés combat déjà à Misrata, sous la bannière de l'"armée populaire" composée de milices de "volontaires", selon des sources.
La communauté internationale a tiré la sonnette d'alarme concernant la situation humanitaire dans la ville assiégée.Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a souligné que les conditions de survie des habitants se dégradaient, l'accès aux soins et à l'eau devenant problématiques.
"Nous manquons de tout ici, équipement, personnel et médicaments.On opère à la chaîne dans tous nos blocs", a déclaré à l'AFP le docteur Khalid Abou Falra, à l'hôpital principal, alors que les ambulances se succédaient toutes les 5 ou 10 minutes.
"On n'y arrivera pas, à ce rythme.On perd des gens qu'en temps normal on arrive à soigner", a confié de son côté le chirurgien Mahmoud Mohammed, épuisé.
Vendredi soir, l'Otan a mené plusieurs raids sur Tripoli, où des explosions ont retenti, selon un journaliste de l'AFP.Des raids ont aussi visé la région de Zenten, au sud-ouest de la capitale, où les accrochages se multiplient avec les rebelles qui tiennent plusieurs localités de cette région montagneuse, a rapporté l'agence libyenne Jana, faisant état de deux morts et trois blessés.
Ces deux dernières semaines, 15.000 Libyens ont fui vers la Tunisie dans cette zone, et le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés redoute un exode "plus important".Selon le HCR et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 550.000 personnes ont déjà fui la Libye.
Un navire affrété par l'OIM est arrivé samedi à Misrata avec 160 tonnes d'aide humanitaire et devait quitter la ville pour Benghazi dans l'après-midi, en évacuant un millier de réfugiés étrangers, notamment Nigériens.Des centaines de familles libyennes ont fait la queue devant le port dans l'espoir d'embarquer, selon un journaliste de l'AFP.
Vendredi, le sénateur américain John McCain, en visite à Benghazi, bastion de la rébellion, a appelé le monde à reconnaître le Conseil national de transition (CNT) de l'opposition comme "la voix légitime du peuple libyen" et à armer les insurgés.
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