Une grève musclée des fonctionnaires pourrait contrarier les efforts du gouvernement du Botswana pour réduire son déficit budgétaire sans menacer une reprise économique encore fragile.
La fédération des syndicats du secteur public du Botswana a lancé le 18 avril une grève devant durer dix jours, pour obtenir une hausse des salaires de 16%, après un gel de trois ans imposé en raison de la crise économique mondiale.
Le gouvernement de Gaborone soutient qu'il ne peut pas se le permettre et offre une augmentation de seulement 5% au 1er septembre.
Le mouvement suivi par quelque 93.000 fonctionnaires, selon des chiffres des syndicats, a presque totalement paralysé le fonctionnement des administrations, écoles et hôpitaux.
L'économie de ce pays riche en diamants a été durement secouée par la crise mondiale, qui a affecté les prix des matières premières et réduit la demande pour les gemmes.Elle a en outre souffert d'une baisse des revenus tirés de l'union douanière d'Afrique australe.
Mais après s'être contracté de 4,9% en 2009, le PIB du Botswana a progressé de 7,2% l'an dernier, l'une des meilleures performances en Afrique.
D'où la grogne des syndicats, qui estiment que les fonctionnaires devraient pouvoir bénéficier des fruits de la croissance.D'autant que l'inflation est relativement élevée (+8,5% en mars).
"Il n'y a aucun engagement du gouvernement.Nous étions conscients de la gravité de la crise économique, nous avions donc retardé nos demandes de hausses de salaires.Mais aujourd'hui, l'économie rebondit", a indiqué à l'AFP le dirigeant syndical, Andrew Motsamai.
Le président Ian Khama a catégoriquement rejeté les revendications de ses employés, insistant sur le fait qu'une forte hausse de leurs salaires pourrait tuer la reprise économique du Botswana.
"Je trouve ironique que les employés du gouvernement, qui savent mieux que les autres que notre budget est en déficit, continuent d'exiger des augmentations", a-t-il argumenté.
Le déficit budgétaire atteint quelque 7 milliards de pulas (750 millions d'euros), soit environ 11,5% du PIB du pays.
Une grande partie de ce trou a été creusé au cours de la récession mondiale, lorsque le gouvernement a multiplié les dépenses pour amortir le choc.
Satisfaire les revendications des fonctionnaires reviendrait pour le gouvernement à renoncer à son projet de sabrer le déficit budgétaire en 2012, selon les analystes.
"A l'heure actuelle, l'économie est fragile", souligne Bogolo Kenewendo, économiste à eConsult Botswana.
Ce sont des consultants internationaux qui ont conseillé au gouvernement de réduire la masse salariale de l'Etat, ajoute-t-elle, estimant que le gouvernement ne pourra envisager des hausses de salaires qu'après avoir examiné la performance du pays au deuxième trimestre.
Les ventes de diamants, qui représentent environ la moitié des recettes publiques, sont à nouveau en hausse, et le Fonds monétaire international (FMI) envisage une croissance de 6% de l'économie botswanaise en 2011.
Mais le Botswana a également du mal à digérer la forte réduction des revenus tirés de l'Union douanière d'Afrique australe: ils devraient chuter de 2,1 milliards de pulas cette année.
L'Afrique du Sud collecte les revenus douaniers des cinq membres de l'Union, et les redistribue selon une formule qui revient pour Pretoria à subventionner ses voisins.
Cette baisse des revenus douaniers a déjà semé le trouble chez des voisins pauvres comme le Swaziland, où le gouvernement entend carrément réduire les salaires des fonctionnaires, au grand dam des syndicats.
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