Messes dans des casernes ou détecteurs de métaux à l'entrée des églises: beaucoup de chrétiens nigérians célébraient Pâques avec prudence dimanche, après les violences intercommunautaires ayant fait, selon une ONG, près de 250 morts suite à la présidentielle du 16 avril.
A Kano, capitale de l'Etat éponyme dans le nord du Nigeria, une des villes les plus affectées par les récentes violences post-électorales, beaucoup de Nigérians déplacés ont assisté à la messe dans des casernes ou des locaux de la police.
Un journaliste de l'AFP a ainsi vu une foule impressionnante débordant d'un commissariat, suivant l'office à travers des haut-parleurs, non loin d'un camp de fortune.Sur un terrain sablonneux tout proche, du matériel de cuisine est entreposé et des habits séchent au soleil.
"Je suis ici avec ma famille depuis lundi (18 avril)", a expliqué Eyo Anthony, 41 ans, vendeur, venu avec sa femme et ses deux enfants, qui préfère demeurer sur place malgré les conditions difficiles.
"Même si ça a été calme ces deux derniers jours, je n'ai pas l'intention de rentrer chez moi (...) avant les élections des gouverneurs" et des assemblées, jugées à haut risque, a ajouté Eyo Anthony, qui relate l'expérience traumatisante d'émeutiers déboulant dans le quartier, saccageant et brûlant des boutiques.
Les élections des gouverneurs et des assemblées régionales auront lieu mardi dans deux tiers des 36 Etats du pays.
Selon la Croix-Rouge nigériane, quelque 74.000 personnes ont dû quitter leurs maisons dans le nord du Nigeria à la suite des émeutes qui ont suivi l'annonce de la victoire à la présidentielle du 16 avril du chef de l'Etat sortant, Goodluck Jonathan.
M. Jonathan, un chrétien du Sud, était face à plusieurs candidats dont le principal était l'ex-chef de la junte militaire, Muhammadu Buhari, un musulman originaire du Nord, qui conteste les résultats du scrutin.
D'après une ONG nigériane, les émeutes ont provoqué la mort de près de 250 personnes.Les autorités nigérianes ont refusé de fournir un bilan, officiellement afin de ne pas aggraver les tensions.
A Jos (centre), les fidèles se sont soumis à des détecteurs de métaux avant d'entrer dans leurs lieux de culte comme Joseph Garba, paroissien à l'Eglise de la Bonne Nouvelle-ECWA.
"Je n'ai pas peur parce qu'il n'y a rien à craindre.Quand on vient dans la maison de Dieu, il n'y a rien à craindre, Il est là pour nous", a-t-il déclaré à l'AFP.
Jos, capitale de l'Etat du Plateau, est la proie d'une crise complexe dans laquelle la dimension religieuse a pris de l'ampleur, avec des flambées de violences opposant chrétiens et musulmans.
En dix ans, plusieurs milliers de personnes - un bilan difficile à chiffrer avec exactitude - ont trouvé la mort dans des émeutes cycliques dans cette ville et ses environs, située à un carrefour sensible entre le Nord, majoritairement musulman, et le Sud, à dominante chrétienne.
Depuis jeudi, un calme général régnait dans le pays, à la faveur du déploiement de l'armée et de l'instauration de couvre-feux.Les forces de défense et de sécurité affirment être mobilisées pour prévenir une nouvelle éruption de violences.
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