Vendredi dernier, le HCR annonçait à Genève que 15.000 personnes fuyant les combats dans le sud-ouest de la Libye étaient passés en Tunisie par ce poste-frontière.Mais dans cette bourgade du sud tunisien, on ne les voit presque pas.Pas longtemps en tout cas.
On est loin de la mer de tentes du camp de Choucha, près du poste de Ras Jdir, à 200 km plus au nord, par où plus de 150.000 personnes de toutes nationalités ont transité depuis la mi-février.
Au plus fort de la crise, plus de 20.000 personnes s'y entassaient, souvent des hommes seuls.
A Dehiba, dont le poste côté libyen a été pris jeudi par des insurgés, on se réfugie plutôt en famille.L'immense majorité soutient les insurgés.Partout on voit des drapeaux de la monarchie, symbole de l'insurrection.
Mais pour d'autres, l'ambiance est moins festive: des gamins se cachent en plein désert avec leurs parents, plutôt "kadhafistes".
A une heure de piste de Dehiba, six familles vivent en bas d'une montagne dans des maisons troglodytes et des tentes.
Tous ont fui en catastrophe Wezen, la dernière localité avant la frontière, réputée pour être fidèle au "Guide".Mercredi matin, la ville de 5.000 habitants est tombée aux mains des insurgés.
"Si c'est Kadhafi qui a raison, alors qu'il gagne, si ce sont les insurgés, qu'ils triomphent", dit un homme désabusé.
Tous sont méfiants, taisent leurs noms, refusent de donner leur numéros de téléphone, et même de dire combien ils sont.
D'autres habitants de Wezen ont fui vers la Tunisie, mais ce n'était qu'une étape.Leur destination, c'est Tripoli via le poste-frontière de Ras Jdir, pour retrouver la "Libye du colonel".
Khadafiste ou de l'autre bord, on ne reste guère à Dehiba, ville de quelques milliers d'habitants.
Les ONG ne s'y bousculent pas et un seul camp de 1.300 places a été monté par le Croissant-Rouge des Emirats Arabes Unis.
"C'est juste un camp de transit.Les gens y passent en moyenne un jour et vont ensuite chez des parents ou des proches déjà en Tunisie", explique son responsable, Khalfan Saïd Al Kouraini.
Depuis son ouverture il y a une dizaine de jours, 5.186 personnes y ont dormi.
Omar Massoud Baghni, 51 ans, s'est débrouillé autrement.Cet agent immobilier à Nalout, la première grande ville libyenne qui fait face à Dehiba à environ une cinquantaine de km, a traversé la frontière le 17 avril quand les affrontements entre les insurgés et les forces de Kadhafi faisaient rage.
"Il n'y avait pas de tente de libre, alors ma femme et mes trois enfants ont passé la nuit chez des proches, moi dans la voiture", se souvient-il.
Depuis, il loge avec sa famille dans une maison en construction, prêtée par le propriétaire tunisien.
Les cartons plaqués sur les ouvertures des fenêtres laissent passer un fort vent de sable.
Dans le petit camp la vie s'est organisée.Des gosses font la queue devant un salon de coiffure improvisé.Deux baffles braillent une "chanson révolutionnaire" reprise en choeur par une trentaine de gamins.
L'un d'eux émerge de la "tente de coiffure", le crâne tondu.Le coiffeur s'est arrangé pour laisser apparaître cinq chiffres: 17211."C'est la date du début de la révolution des jeunes Libyens, le 17 février 2011", dit un gamin admiratif.
Pour distraire les petits, Oussama Ramli a monté un mini-spectacle avec deux copains.Avec un magicien et "Toto le clown", il leur fait répéter des slogans anti-Kadhafi.
Oussama, qui se présente comme entraîneur de football amateur, habite en Angleterre près de Londres.Il y a laissé sa femme et son bébé de 10 mois.
"Je suis originaire de Benghazi, je ne pouvais pas rester les bras croisés à Londres.Quand je suis arrivé ici, les enfants pleuraient, il fallait leur faire oublier leur misère."
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