La police ougandaise a réprimé dans le sang des émeutes dans Kampala, vendredi, et le bilan de cette journée la plus violente en trois semaines de troubles en Ouganda s'élève à deux morts, des personnes tuées par balle, plus de 140 blessés et 360 arrestations.
A bord d'engins blindés, la police a fait usage de tirs à balle réelle et de gaz lacrymogène pour disperser des centaines de manifestants qui avaient érigé des barricades et brûlé des pneus en plusieurs points de la ville, en solidarité avec le chef de l'opposition Kizza Besigye violemment interpellé la veille, a constaté l'AFP.
Deux personnes ont été tuées par balle, 143 ont été hospitalisées, dont une douzaine ont été blessées par balle, parmi lesquelles une fillette de deux ans, a indiqué la Croix rouge ougandaise.
Plusieurs manifestants ont dit être descendus dans la rue pour dénoncer le traitement réservé à Kizza Besigye, arrêté jeudi pour la quatrième fois en moins d'un mois et maltraité par la police.
"Nous manifestons parce que Besigye a été arrêté si violemment", a expliqué Robert Ssekandi, taxi-moto de 41 ans."Comment peut-on traiter un être humain de cette façon ? Nous devions passer à l'action", a-t-il lancé.
La police "a rétabli l'ordre et la sécurité dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles" et procédé à environ 360 arrestations, a déclaré le ministre des Affaires intérieures Kirunda Kivejinja.
Le ministre a refusé de se prononcer sur l'usage de balles réelles par les forces de l'ordre, affirmant devoir "enquêter sur ce point".
Aux urgences de l'hôpital de Mulago, dans le centre-ville, les membres du personnel médical ont du gérer l'afflux d'une soixantaine de patients, dont certains allongés à même le sol dans les couloirs.
Julius Lubega, adolescent de 15 ans, a reçu une balle dans la cheville au moment où il "rentrait de l'école".
"Ils étaient une dizaine, un policier en uniforme et une dizaine d'hommes en civils", a raconté Martin Trust, 21 ans, électricien.
"Je n'avais rien à voir avec les manifestants, alors je n'ai pas couru.Ils me sont tombés dessus et m'ont battu à coups de poing et de bâton", dit-il, montrant les bleus sur son visage et son torse.
Une représentante de l'organisation Human Rights Watch (HRW), Maria Burnett, a exigé une "enquête officielle" sur les tirs à balle réelle.
"Les forces de sécurité ne peuvent ouvrir le feu que face à une menace de mort, et les preuves dont nous disposons jusqu'à présent ne suggèrent pas qu'il y avait une telle menace", a-t-elle indiqué à l'AFP.
La veille, la police avait interpellé Kizza Besigye en brisant les vitres de sa voiture et en l'aspergeant de gaz lacrymogène, des images largement diffusées depuis sur les chaînes de télévision ougandaises.
M. Besigye est à la tête d'un mouvement contre la cherté de la vie déclenché le 11 avril, près de deux mois après sa troisième défaite à l'élection présidentielle face au chef de l'Etat Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986.
Ayant renoncé à porter devant la justice ses allégations de fraude massive, l'opposition a opté pour une nouvelle tactique consistant à appeler la population à se rendre au travail à pied pour marquer sa colère face à l'inflation.
Au moins sept personnes ont été tuées depuis le début du mouvement et sa répression par la police, selon un comptage de l'AFP.
L'arrestation de M. Besigye a provoqué les protestations des Etats-Unis, dont Museveni est pourtant l'un des alliés les plus sûrs en Afrique.
Le secrétaire d'Etat adjoint chargé de l'Afrique, Johnnie Carson, s'est ému des "mauvais traitements, très graves apparemment" infligés au candidat malheureux à la dernière présidentielle et du "harcèlement apparent" dont il fait l'objet.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.