Les chefs de la rébellion hutu rwandaise devant la justice allemande

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STUTTGART (Allemagne) (AFP)

Un tribunal allemand a commencé mercredi à juger le chef de la rébellion rwandaise hutu FDLR, Ignace Murwanashyaka, et son adjoint Straton Musoni, accusés d'avoir piloté depuis l'Allemagne "des atrocités" commises en République démocratique du Congo (RDC).

Arrêtés en novembre 2009 en Allemagne où ils vivaient depuis deux décennies, ils sont accusés de diriger une "organisation terroriste" et répondent de 26 chefs d'accusation de crime contre l'humanité et 39 de crime de guerre commis par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) en 2008 et 2009 contre des civils dans l'est de la RD Congo.

"Il s'agit de toute la palette d'atrocités que l'on peut s'imaginer dans une guerre civile", a déclaré le procureur fédéral Christian Ritscher devant tribunal de Stuttgart (sud-ouest).

Lisant l'acte d'accusation pendant une heure, il a dressé le tableau des "horreurs" dont il tient les deux Rwandais pour responsables.Ils auraient "ordonné et coordonné" des exactions à 6.000 km de l'Allemagne, "par le biais de communications téléphoniques, e-mails, via des pages internet et des émissions de radio".

Dans une ambiance de plomb, le procureur a énuméré la longue liste des sites du Nord et Sud Kivu où se seraient déroulés plus de 200 meurtres, et quantité de viols, pillages, incendies, ainsi que le recrutement d'enfants-soldats, des prises d'otages: Busurungi, Kipopo, Mianga, Butulonga, Malemo...

Dans le public, Diomede Baransegeta, 51 ans, ancien camarade d'études de Musoni à Stuttgart à la fin des années 80, n'en croit pas ses oreilles."C'est grave.Je suis déçu.Musoni était un ami autrefois", dit-il à l'AFP.

"C'est terrible, beaucoup d'émotion", confie une Rwandaise venue avec des compatriotes.

Murwanashyaka, 47 ans, en jeans et chemise mauve, et Musoni, 50 ans, en costume-cravate, n'ont trahi aucune émotion et fait aucune déclaration.Ils encourent la réclusion à perpétuité.

Le procès a été très rapidement suspendu en matinée en raison de multiples requêtes de contestation de la défense, mais le président a ordonné sa poursuite.

Le Dr (en sciences économiques) Ignace Murwanashyaka préside les FDLR depuis fin 2001.Nom de code "Mihigo", selon plusieurs rapports d'experts.

Recherché par Kigali et objet de sanctions des Nations unies depuis 2005, il a fait sa vie en Allemagne après ses études, tout comme Straton Musoni, vice-président des FDLR depuis 2004.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait salué le fait que l'Allemagne ait entendu les "appels répétés" de l'organisation et traduise enfin les chefs des FDLR en justice.Une démarche qui peut selon lui contribuer à stabiliser l'est de la RD Congo.

Quatre-vingt témoins sont cités par l'accusation, le dossier comprend 150 classeurs.

Ce procès est le premier selon les dispositions du Code allemand sur les crimes violant le droit international, introduit en 2002 sur le principe de la compétence universelle.Ce Code intègre toutes les atteintes relevant de la Cour pénale internationale, crimes de guerre et crimes contre l'humanité inclus.

Géraldine Mattioli-Zeltner, de l'ONG Human Rights Watch, s'est réjouie auprès de l'AFP du "pas important" franchi par l'Allemagne avec ce procès, qui "clôt un chapitre d'inaction".

Murwanashyaka avait déjà été arrêté en 2006 puis relâché.L'Allemagne avait refusé en 2008 de l'extrader vers le Rwanda.

C'est "un signal important pour les victimes", comme pour les membres des FDLR, renchérissait Denise Bentele, d'Amnesty International.

Les FDLR comptent 2.500 à 5.000 combattants dans la région des Grands Lacs, selon les sources.Kigali en recherche certains pour leur rôle présumé dans le génocide au Rwanda en 1994, qui avait fait 800.000 morts selon l'ONU, surtout tutsi.

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