Hommage à 27 soldats tués au Burkina: "A quand la fin de l'hécatombe ?"

Infos. Un silence de plomb se fait quand à Ouagadougou le capitaine Ibrahim Traoré, nouvel homme fort du Burkina Faso, s'installe devant les cercueils drapés de vert et rouge, les couleurs nationales, des 27 soldats tués lors d'une attaque jihadiste fin septembre.

Hommage à 27 soldats tués au Burkina: "A quand la fin de l'hécatombe ?"
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Ouagadougou (AFP)

Le 26 septembre, un convoi de ravitaillement qui tentait de rejoindre Djibo, ville sous blocus jihadiste dans le nord du pays, a été attaqué par les jihadistes au niveau de la localité de Gaskindé.

Trente-sept personnes, dont 27 militaires, ont été tuées dans cette énième attaque d'Al-Qaïda, dont le mode opératoire ne varie jamais au Sahel: des centaines de combattants à moto et en pick-up équipés de mitrailleuses sortent abruptement de nulle part, fondent sur leur cible, tuent, puis s'évanouissent dans la nature.

L'attaque de Gaskindé est considérée comme un catalyseur du putsch qui est survenu quatre jours plus tard.

Ce coup d'Etat, le deuxième en huit mois, a un peu plus fracturé l'armée déjà fortement éprouvée entre gradés et hommes de rang.

Dans le camp Sangoulé Lamizana de Ouagadougou, l'hommage a d'abord serré les coeurs des familles et des hommes du 14e régiment interames basé à Djibo.

La litanie a lentement commencé: sous-lieutenant Ludovic Ouedraogo, sergent-chef Abdoul Nasser Yameogo, 1ère classe Socrates Ouattara...Les 27 noms et la biographie de chacun ont été égrénés, les décorations militaires posées sur les cercueils.

L'émotion du moment s'accentue encore quand débutent les hommages religieux."Humainement parlant, beaucoup se le demandent: qu'allons-nous devenir?", interroge le pasteur Etienne.Silence.

"Nous devons croire que Dieu peut nous aider", enchaîne le prêtre après lui."Votre mort sera vengée, Inshallah", si Dieu le veut en arabe, finit l'imam.

Le capitaine Traoré, assis parmi ses hommes et entouré du commandant des opérations sur le terrain, le général Bamouni, et du chef d'état-major adjoint, ne pipe mot.

Stoïque et l'air grave, dissimulé derrière un masque anti-Covid, il écoute.Après plus d'une heure de cérémonie, le nouveau président, qui a convoqué pour la semaine prochaine des "Assises nationales" devant désigner un président de transition, passe devant les cercueils entouré de ses gardes et quitte les lieux.

- "Ca suffit!" -

Un bourdonnement logistique s'empare du camp.Il faut rallier le cimetière municipal de Goughin, situé non loin.Les cercueils sont montés sur des porte-chars tandis que les vivants prennent la route.

"La douleur est là, mais avec la solidarité qu'on constate on sent que nos enfants ne sont pas tombés pour rien", dit Claude Yameogo, une proche.

Plus l'on s'approche du cimetière et plus les habitants de Ouagadougou sont nombreux sur la route.Plusieurs milliers de personnes convergent pour accueillir les 27 cercueils qui doivent être enterrés dans le carré militaire.

Dans cet espace immense, certaines sépultures sont encore fraiches.Août 2022 "mort au combat", juillet 2022 "mort au combat"..."Bientôt il n'y aura plus de place dans le carré", dit un soldat.

Plus loin, certaines tombes creusées pour les 27 soldats se sont remplies d'eau venues des nappes souterraines.De jeunes soldats font une chaîne pour les vider.

"Ca fait mal de voir mon frère de 21 ans qui s'est engagé dans l'armée pour contribuer à sauver le pays" être enterré ainsi, "dans une tombe inondée", enrage Boureima Sawadogo, frère de Hamidou Sawadogo.

14H, arrivée du porte-char.Le cimetière est plein à craquer.Les griefs, nombreux au Burkina tant la situation ne fait qu'empirer, éclatent ici et là.

"Ca suffit!On ne veut plus de ces cérémonies!Comment continuer à enterrer tant de jeunes soldats par la faute de hauts gradés qui se battent pour le pouvoir?", dit un proche du soldat 2e classe Goundoro Moumouni.

Il raconte que c'était "sa première mission".Il "n'avait pas d'expérience, on l'a envoyé à l'abattoir".

"On se demande pourquoi depuis sept ans ces jeunes continuent de mourir chaque jour", dit Prince Kouanda, un acteur de la société civile.Il ressent "une douleur et une peine indescriptibles", et demande: "à quand la fin de l'hécatombe?"

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