La galère des migrants tunisiens à Paris

Infos. ...

« Ni police, ni charité, un lieu pour s'organiser et des papiers pour tous ». Le message de la grande banderole tirée devant le gymnase de la Fontaine au Roi (XIe) est clair. Depuis samedi, environ 150 migrants tunisiens occupent ce bâtiment en attendant des jours meilleurs. Partis il y a trois mois de Tunisie, la plupart ont entre vingt et trente ans. Ils ont quitté leur pays sur des navires de fortune en direction de l'îlot italien de Lampedusa. « La traversée a duré 36 heures. A la fin, c'était vraiment dur » se souvient Hakim, 23 ans. Mais pour lui comme pour les autres, la galère est alors loin d'être terminée. Après avoir remonté toute la botte italienne en train, en voiture ou en bus, les migrants tunisiens buttent sur la frontière française à Vintimille. « Pour nous c'était normal de venir en France, c'est un pays ami » confie Hakim entre deux sourires crispés. Ceux qui rusent arrivent à passer. Arrivés à Paris, ils se débrouillent comme ils peuvent. Certains ont de la famille ou des contacts chez qui aller. D'autres ont moins de chance. Ils dorment dans des jardins publics, comme le parc de la Villette.Le 1er mai, des migrants s'installent dans un immeuble de la ville de Paris à Simon Bolivar (XIXe). Trois jours plus tard, ils sont violemment expulsés par la police. Aidés par des bénévoles et des membres d'associations humanitaires, les sans-papiers tunisiens prennent alors la direction du gymnase de la Fontaine du Roi. Cette fois-ci, la mairie de Paris accepte l'occupation du bâtiment pendant quelques jours, le temps de trouver une solution de relogement. En attendant, les migrants errent devant le gymnase. Ils discutent par petits groupes, font les quatre cent pas, fument pour faire passer le temps. La plupart d'entre eux se disent fatigués et déçus par l'attitude de la France. Hakim est particulièrement remonté. « En Tunisie, les gens aident les réfugiés lybiens qui ont fui leur pays. Ici, on est chassés dès qu'on s'installe quelque part ». Sur le mur du gymnase, une affiche en français et en arabe indiquent les numéros à appeler en cas d'arrestation. Malgré cette situation très précaire, certains tentent de positiver. « Ca peut aller, on a des matelas, des couvertures et les frères de la mosquée d'à côté nous apportent de la nourriture » explique Mohamed, grand gaillard d'une trentaine d'année. Mais là n'est pas le problème. Ce qu'attendent Mohamed et ses compagnons de route, ce sont des certitudes sur leur avenir. Aucune proposition de régularisation ne leur a été faite et beaucoup craignent d'être expulsés vers la Tunisie. Veste beige sur le dos, Nasser en vient à se demander s'il a fait le bon choix en grimpant dans un bateau il y a trois mois. « Franchement, j'en ai marre, je crois que j'ai envie de rentrer soupire-t-il. On vivait mieux en Tunisie ». Pour Nasser et les autres migrants tunisiens, le rêve français est en train de tourner au cauchemar. Benjamin ROGER

Newsletter

Restez informé ! Recevez des alertes pour être au courant de toutes les dernières actualités.
Réagir à cet article

L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.

En direct
Les rendez-vous santé
Nos applications
Facebook
Twitter
Instagram
La galère des migrants tunisiens à Paris