L'ex-chef d'état-major de l'armée rwandaise Augustin Bizimungu a été condamné mardi à 30 ans de réclusion pour son implication directe et sa responsabilité hiérarchique dans le génocide de 1994 au Rwanda, par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
Ce procès dit "Militaire II", celui d'une partie de la haute hiérarchie militaire du Rwanda au moment du génocide de 1994, est l'un des dossiers phares du TPIR, notamment en raison du rang des quatre accusés: les ex-chefs d'état-major de l'armée et de la gendarmerie y comparaissaient aux côtés du commandant et d'un chef d'escadron du bataillon de reconnaissance, une unité d'élite.
Le tribunal a reconnu les deux généraux coupables de crimes commis par leurs subordonnés pendant le génocide des Tutsi de 1994.
Il a par ailleurs condamné à 20 ans de prison les deux autres accusés, le major François-Xavier Nzuwonemeye et le capitaine Innocent Sagahutu, pour leur implication directe dans l'assassinat du Premier ministre Agathe Uwilingiyimana et de dix Casques bleus belges chargés de sa protection dans la nuit du 6 au 7 avril.
Les juges ont conclu que les deux hommes avaient "ordonné" à une unité blindée d'aller tuer Mme Uwilingiyimana et qu'ils n'avaient pris aucune mesure pour punir les éléments de leur bataillon ayant participé à la mise à mort des soldats belges.Leurs avocats ont annoncé leur intention de faire appel.
Concernant les deux ex-chefs d'état-major, le TPIR a établi une distinction, condamnant d'un côté le général Bizimungu à 30 ans de réclusion et ordonnant de l'autre une peine couvrant la détention provisoire de l'ex-chef de la gendarmerie, Augustin Ndindiliyimana, qui a été libéré à l'issue du verdict.
La chambre présidée par le juge sri lankais Joseph Asoka de Silva a mis en avant les circonstances atténuantes du général Ndindiliyimana, qui n'avait qu'"une autorité limitée sur la gendarmerie" après le 6 avril 1994.
Elle a par ailleurs souligné qu'il était opposé aux massacres et soutenait une résolution pacifique du conflit dans son pays.
A l'issue de l'audience, le général Ndindiliyimana s'est dit "très heureux" de recouvrer sa liberté "après 11 ans de prison".
Concernant le général Bizimungu, porté à la tête de l'armée le 16 avril 1994, le tribunal a souligné qu'il n'avait pas pris de mesures pour prévenir les crimes perpétrés par ses subordonnés.Il est condamné pour "crime de génocide", "crime contre l'humanité" et "crime de guerre", des qualifications recouvrant des assassinats et des viols.
Au titre de son implication directe, le tribunal a conclu qu'il avait prononcé un discours incitant aux massacres de Tutsi le 7 avril 1994 dans la commune de Mukingo (préfecture de Ruhengeri, nord).
Kigali s'est félicité de ce verdict, jugeant toutefois que la condamnation de l'ex-chef de la gendarmerie ne correspondait pas aux "attentes de beaucoup sur le terrain".
"La condamnation des officiers de l'armée est particulièrement importante", car sans la volonté de l'armée "le génocide n'aurait pas eu lieu", a déclaré à l'AFP le procureur général du Rwanda, Martin Ngoga.
Dans l'autre grand procès visant la hiérarchie militaire, "Militaires I", le TPIR avait condamné fin 2008 à la prison à vie le colonel Théoneste Bagosora.
La chambre avait considéré que M. Bagosora, ex-directeur de cabinet au ministère de la Défense à l'époque du génocide, dirigeait de facto l'armée rwandaise après l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana, qui avait servi de détonateur au génocide.Le verdict du procès en appel n'a toujours pas été rendu.
Le génocide au Rwanda a fait, selon l'ONU, environ 800.000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.