Signalée récemment par des témoins dans le nord-ouest du Mali et dans une zone de ce pays près de la Mauritanie, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) semble s'ancrer au Sahara, même si certains prédisent son affaiblissement après la mort d'Oussama Ben Laden.
Ces derniers jours, des hommes se présentant comme membres d'Aqmi ont débarqué, un jour de marché, à Tichist, localité située à 100 km au nord de Tombouctou (nord du Mali), ont raconté des témoins à un journaliste de l'AFP.
Arrivés dans une quinzaine de véhicules, ils ont fait des achats, distribué voiles, habits et vivres, demandant aux populations de prier pour Ben Laden, chef d'Al-Qaïda tué début mai par des soldats d'élite américains au Pakistan.
"Ils nous ont dit que Ben Laden est actuellement au paradis", "qu'ils allaient venger sa mort", raconte un de ces témoins, commerçant.Il sont ensuite repartis comme ils étaient venus, sans être inquiétés.
Même scène le 17 mai au marché de Zouéra, autre localité désertique de la région de Tombouctou, où ils sont venus dans une vingtaine de véhicules contenant des armes lourdes.
"C'est le retour des islamistes dans le Sahara", alors qu'ils s'étaient montrés discrets depuis quelques mois à la suite de l'intervention, dès juillet 2010, de l'armée mauritanienne dans la zone, note un élu régional sous couvert d'anonymat."Depuis la fin des patrouilles mauritaniennes, ils reviennent avec, sûrement des arrière-pensées", estime-t-il.
Aqmi, qui a ses racines en Algérie, dispose de plusieurs bases au Mali d'où elle opère dans plusieurs pays du Sahel (Niger et Mauritanie en particulier), commettant attentats, enlèvements et divers trafics.
Selon des sources concordantes, ses membres ont renforcé leur présence dans le nord-ouest désertique du Mali.
Mais ils sont aussi plus présents vers la forêt du Wagadou (ouest du Mali) proche de Nara.Cette ville, à environ 50 km de la frontière mauritanienne, est l'une des plus importantes de la région.
La semaine dernière, six véhicules d'islamistes seraient venus grossir les rangs des éléments d'Aqmi déjà sur place, selon des sources de services de sécurité régionaux, qui évoquent l'existence d'un dépôt clandestin de carburant alimenté à partir de la Mauritanie.
Un homme identifié comme "Ibrahim", réputé preneur d'otages et voleur de véhicules, serait aussi établi dans ce secteur.
Un officiel malien parle de menaces d'enlèvements de personnalités locales proférées par un homme s'exprimant au nom d'Al-Qaïda à partir d'un téléphone portable au numéro visible.
Autant d'informations que les services maliens de sécurité affirment être en train de vérifier, mais qui ajoutent à la peur dans une région que plusieurs pays occidentaux déconseillent fortement à leurs ressortissants.
Selon les spécialistes, face à la volonté des pays de la région de renforcer et mieux coordoner leur lutte contre Aqmi, l'organisation se réorganise et compte sur des cellules dormantes pour rebondir au Niger.
Composée de plusieurs plusieurs katibas (unités combattantes) et de sarias (unités plus petites), elle repositionne ses troupes et se restructure également de l'intérieur.
Selon des informations en provenance de milieux islamistes, elle est en train de constituer une saria composée uniquement de ressortissants d'Afrique noire, moins surveillés par les forces anti-terroristes que des membres d'origine arabe.
C'est l'un des sujets que devaient aborder les ministres des Affaires étrangères du Mali, du Niger, de Mauritanie et d'Algérie lors de leur réunion vendredi à Bamako sur la lutte anti-Aqmi.
Ces quatre pays ont en commun un état-major militaire basé à Alger mais qui n'est pas encore opérationnel sur le terrain.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.