Elections probablement reportées, incursion de djihadistes d'AQMI sur leur territoire, troubles liés à la guerre civile en Lybie : après l'euphorie de la révolution de jasmin, les Tunisiens entrent dans une zone de turbulences inquiètante.Cela faisait partie des risques. Les Tunisiens l'appréhendait. Cinq mois après avoir « dégagé » Ben Ali du pouvoir, la révolution de jasmin patine. L'élection de l'Assemblée Constituante, initialement prévue le 24 juillet, devrait finalement être reportée. Hier, Kamel Djandoubi, président de la commission électorale tunisienne, a expliqué qu'il serait impossible d'organiser un scrutin dans les délais voulus. D'après lui, il serait préférable de repousser les élections au 16 octobre.Des problèmes d'organisation semblent être le principal motif de ce report. « Pour des raisons techniques et logistiques, nous n'avons pas assez de temps pour tenir les élections du 24 juillet », a confirmé le président de la Commission de réforme politique, Yadh Ben Achour. « Il y a 7 millions d'électeurs à enregistrer, il y a des problèmes d'organisation, de formation des agents inscripteurs... »Pour le moment, rien n'a été décidé. Le renvoi du scrutin en octobre doit en effet être approuvé par le gouvernement d'intérim pour être formellement adopté. Cet épineux sujet sera étudié demain en Conseil des ministres. Si le gouvernement confirme la décision, des décrets portant sur la convocation des électeurs et la date du scrutin seront publiés dans la foulée.Un temps opposé à tout report des élections, le premier ministre Béji Caïd Essebssi s'y serait finalement résigné. Il est peu probable qu'il aille à l'encontre des instances chargées d'organiser le scrutin. Lors d'un déplacement à Paris la semaine dernière, il a déclaré que ce problème ne dépendait pas du gouvernement mais d'une « commission spéciale qui a été créée pour s'occuper des élections ».La menace AQMIIl n'y a pas que les questions électorales qui préoccupent les dirigeants tunisiens. Depuis la semaine dernière, une menace bien plus préoccupante plane sur la Tunisie. Son nom est désormais bien connu : il s'agit d'AQMI, Al Qaida au Maghreb Islamique. Mercredi, des échanges des coups de feu résonnent à Rouhia, dans le nord du pays, à environ 200 km de la frontière algérienne. Quatre personnes trouvent la mort dans cette fusillade. Parmi elles, un colonel et un soldat de l'armée tunisienne. D'après une source sécuritaire, les deux autres victimes seraient des Lybiens « fortement suspectés d'appartenir à Al Qaida ».Quelques jours plus tard, on entend à nouveau parler d'AQMI en Tunisie. Les autorités annoncent en effet avoir arrêté deux hommes de la mouvance djihadiste à Nekrif, dans le sud. Il s'agit cette fois d'un Algérien et d'un Lybien, tout deux en possession d'explosifs. Après leur arrestation, des Kalachnikov, des munitions et une bombe artisanale ont été découvertes dans une grotte de la région de Béni Kedech.Pour les Tunisiens, l'émotion est profonde. Ils découvrent avec stupeur des généraux qui parlent de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme à la télévision. Du jamais-vu dans ce pays réputé calme et touristique. Pour beaucoup, la situation instable du pays doit pousser les autorités à être particulièrement vigilantes en matière de lutte contre le terrorisme.Autre problème de taille pour Tunis : l'enlisement du conflit lybien. La semaine dernière, des obus sont tombés à plusieurs reprises en territoire tunisien lors d'affrontements entre troupes loyales à Kadhafi et rebelles libyens près du poste-frontalier de Dehiba. Les autorités tunisiennes ont menacé de saisir l'ONU si ces projectiles touchaient à nouveau leur territoire.La guerre en Lybie a également apporté son lot de réfugiés en Tunisie. Environ 370 000 personnes ont traversé la frontière pour fuir les combats. Elle sont logées dans des camps ou par la population tunisienne et ne retourneront pas en Lybie tant que les armes ne se seront pas tues. Avec la stabilisation du front lybien et l'inefficacité des frappes occidentales contre les forces de Kadhafi, ces réfugiés ne sont pas prêts de quitter la Tunisie. Benjamin ROGER
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