Soudan: 15.000 personnes ont fui Abyei, "ville du Nord" pour Khartoum

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JUBA (Soudan) (AFP)

Plus de 15.000 personnes ont fui les combats à Abyei, ville du Soudan occupée par les forces du pouvoir nordiste qui a réaffirmé mardi ses revendications territoriales sur cette région disputée avec les sudistes.

Les chars nordistes ont pris dimanche possession d'Abyei en violation des accords de paix qui avaient mis fin en 2005 à la guerre civile entre le Nord, musulman et arabe, et le Sud, principalement chrétien et noir, du Soudan, qui avait fait deux millions de morts.

Alors que la ville, située à la lisière Nord-Sud, était en proie aux flammes et aux pillages lundi, des milliers de personnes ont fui vers le sud, notamment en direction de la ville d'Agok.

"On estime qu'à Agok, il y aurait environ 15.000 personnes déplacées dans et autour de la ville", a annoncé la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), Elisabeth Byrs, à Genève."Ces personnes ont quitté Abyei.Elles fuient vers le sud".

Le pouvoir central du président nordiste Omar el-Béchir à Khartoum a écarté les appels du Sud-Soudan et de la communauté internationale à un retrait de ses troupes intervenues samedi à Abyei, l'un des principaux points de tension entre les deux camps.

"Abyei restera une ville du Nord jusqu'à ce que la population décide de la situation par elle-même", a déclaré le ministre soudanais de la Défense, Abdelrahim Mohammed Hussein, cité par l'agence officielle Suna.

La population d'Abyei devait choisir lors d'un référendum en janvier son rattachement au Nord ou au Sud.Mais le scrutin a été reporté sine die, les ex-rebelles sudistes et la tribu Dinka Ngok d'un côté, les Arabes nomades Misseriya et les nordistes de l'autre n'ayant pas réussi à s'entendre sur le droit de vote des électeurs.

"L'armée (nordiste) restera à Abyei pour maintenir la sécurité et la stabilité jusqu'à ce qu'une décision politique soit prise", a ajouté M. Hussein.

Une délégation du Conseil de sécurité de l'ONU devait s'entretenir mardi avec le président sud-soudanais Salva Kiir dans la capitale du Sud-Soudan, Juba.

Pour protester contre "les actes criminels à Abyei", un ministre sudiste dans le gouvernement d'union à Khartoum, Luka Biong, a démissionné.

"Nous avions espéré que nous pourrions former deux Etats viables ayant de bonnes relations, mais Khartoum ne semble pas intéressé par la paix", a dit M. Biong, originaire de la région d'Abyei.

"Avec les crimes de guerre perpétrés à Abyei par le parti du Congrès national (de M. Béchir), je ne pourrais pas, en toute bonne foi, continuer à faire partie d'un tel gouvernement", a-t-il ajouté.

Les autorités sudistes ont de nouveau exigé le retrait des nordistes.

"Les forces armées soudanaises doivent mettre fin à leur occupation illégale et quitter Abyei", a dit le ministre de l'Information sudiste, Barnaba Marial Benjamin, en assurant que les Misseriya entraient dans Abyei en grand nombre "avec le soutien du gouvernement soudanais, dans l'intention d'occuper le territoire Dinka Ngok pour justifier leur participation au référendum".

Un leader des Misseriya, Sadiq Babo Nimr, a démenti ces informations.

"C'est n'importe quoi par ce que c'est l'époque de l'année pendant laquelle les Misseriya vont plutôt vers le nord pour les pâturages.Il s'agit d'un affrontement entre deux armées et les Misseriya ne sont pas impliqués", a-t-il affirmé.

Abyei est au coeur d'une lutte pour l'accès à l'eau mais aussi de rivalités tribales historiques, et connaît une recrudescence des violences depuis le référendum de janvier sur le Sud-Soudan, marqué par une victoire écrasante de l'option sécessionniste.

Cette victoire a ouvert la voie à l'indépendance de cette région, prévue en juillet.

Les Etats-Unis, l'Union européenne, la France, le Royaume-Uni et le Conseil de sécurité de l'ONU ont condamné l'intervention nordiste.

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