Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a estimé qu'en dépit d'une "prise de conscience", ce qui est entrepris par les pays du Sahel pour lutter contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) "n'est pas suffisant", au cours d'une interview accordée à l'AFP.
"Ce que nous faisons globalement n'est pas suffisant, sinon, on aurait pu éradiquer ce phénomène de terrorisme", a déclaré M. Ould Abdel Abdel Aziz lors de cet entretien qui s'est déroulé lundi au palais présidentiel de Nouakchott.
Il s'est cependant réjoui d'une "prise de conscience" qui s'est récemment manifestée par des réunions à Bamako des chefs d'état-major des armées, puis des ministres des Affaires étrangères des pays les plus concernés par les activités d'Aqmi (Mauritanie, Algérie, Mali et Niger) où elle commet attentats et enlèvements, se livre à divers trafics.La Mauritanie est l'un des plus visés.
"De plus en plus, chaque fois que ces Etats se retrouvent pour débattre, échanger des informations et des renseignements, étudier des mesures à prendre, c'est une avancée", a-t-il estimé.
Mais, "nécessairement", cela "doit se concrétiser, aboutir à quelque chose", selon lui."Le terrorisme ne connaît pas de frontière, d'où la nécessité de conjuguer les efforts de tous les Etats, d'un engagement de tout le monde, d'une dynamique d'action d'ensemble".
Il a souligné que "les terroristes dans le nord du Mali" viennent de presque tous les pays de la région, "aussi bien des Maghrébins (Algériens, Marocains, Mauritaniens, Tunisiens, Libyens), que des Maliens" et des ressortissants "de certains autres pays africains" plus au sud.
Il ne souhaite pas l'implication des pays occidentaux, dont la France."Je ne pense pas que ce soit une nécessité, réellement.Il faudrait d'abord qu'on arrive à mettre en place au niveau régional une structure, une coordination effective, pour des actions au niveau des Etats concernés par ce fléau".
Selon lui, grâce à "la prise d'otages et le paiement de rançons", les membres d'Aqmi ne manquent pas de "moyens"."Ce qui leur permet de s'équiper et de recruter des gens, de multiplier leurs actions, surtout que rien n'est fait par la suite, ils ne sont pas poursuivis".
C'est pourquoi la Mauritanie a décidé de mener pendant plusieurs mois en 2010 et 2011 des opérations militaires contre Aqmi dans le nord du Mali, car "tous ces gens-là nous viennent de l'autre côté" de la frontière mauritanienne.
"Il fallait agir pour prévenir les attaques" en Mauritanie, "pour déstabiliser leurs positions et les amener au plus loin de notre territoire", a-t-il affirmé.
Selon lui, le retrait de son armée du Mali il y a environ deux mois a été suivi par l'implantation de nouvelles unités d'Aqmi près de la frontière, en particulier la forêt de Wagadou, dans l'ouest du Mali.
"Ils en ont profité pour revenir réoccuper des positions, et même s'exhiber, notamment dans la forêt de Wagadou.Bien sûr, cela nous inquiète, mais nous avons pris les dispositions nécessaires pour répondre à cette situation", a-t-il assuré.
Source d'inquiétude également pour lui, l'arrivée massive dans les pays du Sahel d'armes venant de la Libye en guerre: "c'est un pays suréquipé et surarmé, son armement s'est volatilisé et est tombé entre les mains de n'importe qui, de la population et de groupes armés.Il y a eu des renseignements avérés et confirmés, cet armement s'est retrouvé aux mains des terroristes, en quantité et en qualité".
M. Ould Abdel Aziz s'est en revanche réjoui que sa politique de pardon des islamistes radicaux repentis ait "réussi": sur 37 prisonniers graciés, un seul a rejoint le maquis.Et 14 autres "prisonniers extrêmement dangereux" ont été placés dans "une zone de sécurité" isolée.
Il a rappelé qu'en détention préventive, ces hommes étaient "en contact permanent avec les réseaux, recevaient de l'argent, recrutaient quotidiennement".
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