Burkina: l'avocat du journaliste Zongo tué en 1998 espère toujours l'extradition de François Compaoré

L'avocat de Norbert Zongo, journaliste burkinabè assassiné en 1998, a espéré lundi que François Compaoré, mis en cause dans ce meurtre, serait extradé depuis la France, malgré un arrêt de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) recommandant un rééxamen de la question.

11 septembre 2023 à 22h51 par AFP

Cette décision de la CEDH est "un coup de massue", a estimé Me Prosper Farama, lors d'une conférence de presse à Ouagadougou.
Jeudi, la Cour avait demandé à la France de réexaminer le décret d'extradition de François Compaoré, frère de l'ex-président Blaise Compaoré, datant de 2020, estimant que les "assurances fournies par le Burkina" par le passé n'étaient plus automatiquement garanties depuis l'arrivée au pouvoir de militaires en 2022.
Me Farama a appelé lundi les autorités de transition de son pays à réagir sur cette question.
"Il est légitime que nous entendions la réaction du gouvernement parce que cela est suffisamment grave au regard de la particularité de ce dossier et de ce qu'il représente pour les Burkinabè", a t-il déclaré, espérant un réexamen du dossier pour une" "prochaine extradition de M. Compaoré".
François Compaoré a été un des proches conseillers de son frère Blaise, au pouvoir de 1987 à 2014 avant d'être chassé par la rue.
Il est aujourd'hui poursuivi dans son pays pour des faits "d'incitation à assassinats" d'un journaliste d'investigation, Norbert Zongo, et de trois hommes qui l'accompagnaient, le 13 décembre 1998.
Il a été arrêté le 29 octobre 2017 à l'aéroport de Paris-CDG en exécution d'un mandat d'arrêt international lancé par Ouagadougou.
Le lendemain, le Burkina a demandé à la France son extradition, et a donné par la suite des garanties à Paris, selon lesquelles même si M. Compaoré était condamné à mort par un tribunal indépendant, la peine ne serait pas mise à exécution.
Après de nombreux recours en justice de Paul François Compaoré, qui a été remis en liberté sous contrôle judiciaire le 30 octobre 2017, la France a finalement pris un décret d'extradition à son encontre le 21 février 2020.
M. Compaoré avait fait valoir devant la CEDH que son extradition entraînerait des conséquences d'une gravité exceptionnelle sur sa sécurité et son intégrité physique, et violerait l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme (interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants).
Un argument que la CEDH a suivi jeudi, en estimant que l'article 3 serait effectivement violé sans réexamen du décret d'extradition par la France.

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